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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 20:09

« Nous ne nous reconnaissons pas… »

 
Au moment où, dans nos pays d’origine, les luttes pour la dignité, la liberté et l'égalité font rage, nous assistons en France à un déferlement de forces conservatrices et réactionnaires porteuses d’inégalité :
- inégalité revendiquée entre femmes et hommes, sous couvert de défendre des différences entre sexes qui seraient soit-disant menacées ;
- inégalité entre homosexuels et hétérosexuels, avec la remise en cause de la loi sur le mariage pour tous ;
- inégalité entre les « races », dont le mot retrouve droit de cité : une ministre noire traitée de guenon, des propos racistes criés en pleine rue et, qui plus est, par des enfants ainsi instrumentalisés.
Or, nous ne voulons pas de cela pour nos enfants.
 
Lors de la « Manif pour tous » du dimanche 2 février 2014, une banderole écrite en arabe et en français affichait : « Les Français musulmans disent non au mariage homosexuel ». Que certains se retrouvent dans ce slogan et affichent leurs penchants réactionnaires, cela ne nous étonne guère et c’est leur choix. Mais, pour notre part, nous ne nous reconnaissons :
- ni dans ce slogan, nous qui luttons, ici et là-bas, contre la marginalisation et la stigmatisation des homosexuels ;
- ni dans les délires de la prétendue menace d’indifférenciation entre les sexes à l’occasion des « ABCD de l’égalité » expérimentés dans les écoles, nous qui devons sans relâche défendre, ici et là-bas, l’égalité des droits entre femmes et hommes ;
- ni dans les propos racistes ou complotistes – que ce complot soit fantasmé comme celui des « arabes », des « musulmans », ou comme celui des « juifs » –, nous qui avons eu à affronter le fantasme de complot de « l’Occident » pour défendre dans nos pays d'origine la liberté de conscience, qui ne peut aller sans la sécularisation du droit.
 
Notre mémoire est celle des luttes d’indépendance pour l’égalité entre les peuples, des luttes sociales des années 1970 revendiquant « à travail égal salaire égal », des mouvements comme « La marche de l’égalité et contre le racisme » de 1983, des associations de soutien aux luttes de femmes dans les pays du Maghreb. 
C’est au nom de cette mémoire que nous rejoignons, ici et là-bas, les forces qui se battent contre toutes les inégalités et pour les libertés.
 
ACTIF
AFAPREDESA
AIDDA
Arts et culture des deux rives (ACDR)
Association de solidarité avec tous les immigrés (Valence)
Association démocratique des Tunisiens en France (ADTF)
Association de défense des droits de l’homme au Maroc (ASDHOM)
Association des Marocains en  France (AMF)
Association des travailleurs maghrébins en France (ATMF)
Association des Tunisiens en France (ATF)
Association Engagement citoyen
CEDETIM-Ipam (Centre d'études et d'initiatives de solidarité internationale)
CLAP-Villeurbanne
CODENAF (Cooperation y Developement avec Nord Afrique)-Espagne
Collectif algérien en France ACDA (Agir pour le changement et la démocratie en Algérie)
Collectif 3 C
Comité pour le respect des libertés et des droits de l'homme en Tunisie (CRLDHT)
Conseil des migrants au Maroc
Déclaration citoyenne-Genève
Démocratie et veille citoyenne
EMCEMO
Engagement citoyen
Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR)
Femmes en Luth (Valence)
Femmes Plurielles
Forum Citoyenneté Monde Arabe (FCMA)
Forum Palestine Citoyenneté
Forum Solidarité Euro-Méditerrannée (FORSEM)
Front uni des immigrations et des quartiers populaires
Gadem Maroc
Immigration Développement Démocratie
JERF (Jeunes émigrés-es réunionnais-es en France)
Koléktif dégage !
Les Chibanis d’Antibes
Les Perseudes (Aix-en-Provence)
Manifeste des libertés
Mouvement citoyen des Tunisiens en France (MCTF)
MRAP national
MRAP-Grenoble
Partenia 2000
Plateforme euromarocaine Migration, développement, citoyenneté, démocratie
Réseau Afrique Survie Migration
Réseau euro-maghrébin Citoyenneté et culture (REMCC)
Secularism Is A Women's Issue
Sortir du colonialisme
Tunisie Culture et Solidarité
Unies-Vers-Elles
 
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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 23:12

 

Alain Soral est un essayiste français proche du FN, sans en être membre. Il soutient la candidature de Marine Le Pen pour la campagne présidentielle. Son dernier livre s’est vendu à 28 000 exemplaires, ce qui constitue un succès modéré. Ses lecteurs sont des jeunes et beau-coup sont d’origine immigrée. Il suffit pour s’en convaincre d’aller voir les commentaires sur ses sites1.

Avec l’aide de Dieudonné, Soral tente de rallier aux idées d’extrême droite un public qui ne lui est traditionnellement pas attaché : de jeunes Français issus de l’immigration qui aspirent à bac + 3.

La croissance basée sur l’endettement des années 1990 et 2000 a fait place, depuis la crise de 2008, à une précarité accrue touchant les plus démunis, mais aussi, et c’est nouveau, les classes moyennes. Et notamment une partie des jeunes salariés issus de milieux populaires qui ayant fait des études plus poussées que leurs parents, pouvaient prétendre à des emplois mieux rémunérés et protégés. Soral s’adresse à ces jeunes qui, ayant terminé leurs études ou non, voient leur avenir en berne. L’ascenseur social est en panne et la colère gronde. Pour ceux dont les parents sont immigrés, la situation est pire encore, car ils doivent aussi faire face à la discrimination raciste.

Cette légitime colère ne sera payante qu’en ciblant les vrais responsables de la crise : le grand capital. Elle ne sera efficace que si elle se lie au mouvement ouvrier. Mais c’est là que le bât blesse… Les partis de gauche en France, comme le PS, ne remettent pas en question la domination des financiers. En politique étrangère, il y a unanimité à gauche pour le soutien à l’impérialisme français en Libye et en Syrie.

Le PS ne dénonce pas la politique d’apartheid de l’État d’Israël contre les Palestiniens. Et pour couronner le tout, nombreux sont ceux, à gauche, qui s’associent au discours stigmatisant l’islam au nom de la défense de la laïcité républicaine.

L’objectif de Soral est de rallier un électorat jeune, déçu de la gauche et d’origine immigrée. Pour l’heure, il travaille sur le terrain idéologique afin de former de futurs cadres de la droite extrême, capables d’encadrer les quartiers des banlieues populaires. Il se présente d’ailleurs lui-même comme un « producteur de concept », un idéologue en somme.

Politiquement incorrect

Mais comment réussir le tour de force de rapprocher du FN des petits enfants français des premiers immigrés algériens qui ont connu le FLN et la décolonisation ? Le FN est dirigé par Marine Le Pen, soit la fille spirituelle et biologique du père, lieutenant parachutiste, engagé volontaire en Algérie pendant la guerre d’indépendance pour maintenir l’empire colonial français ! Soral est d’ailleurs, quoiqu’il s’en défende, un nostalgique de la grandeur coloniale de la France : « Plus je vois la merde noire (corruption, intégrisme, généraux…) dans laquelle l’Algérie s’enfonce un peu plus chaque jour, plus je découvre en images que les seules choses qui tiennent encore debout là-bas (infrastructures, urbanisme…) sont celles que la France coloniale y a construites, plus je me dis que leur seul espoir, c’est qu’on y retourne2. » Ce n’est certes pas un tel discours qui peut convaincre…

Mais il est beaucoup plus séduisant chez Ardisson lorsqu’il dénonce le discours des médias sur les « islamo-violeurs des banlieues » à propos des tournantes au bas des immeubles. Il y affirme que « les musulmans violeurs ça n’existe pas, soit on est un violeur et on est un délinquant, un sous-prolétaire américain d’imitation […] soit on est un mec qui est dans la religion et on ne viole pas ».

Soral est un adepte du discours sur la perte des valeurs dans la société : « les films pornos qui ne leur donnent pas une image très respectable de la femme occidentale […] la misère sexuelle, elle est pour les garçons de banlieue […] il y a toujours la possibilité pour la jolie beurette de se sortir de la banlieue en allant proposer ses fesses dans les boîtes de nuit3. »

Il apparaît comme un défenseur de l’islam lorsqu’il répond à une interview du plus important site Internet musulman d’expression française Oumma.com : « Oui, le piège du rap, tendu par les médias du pouvoir pour pousser le Franco-Maghrébin à s’identifier au noir américain du ghetto […] la culture musulmane produit des hommes élevés dans des valeurs4. »

Il se présente comme un rebelle « antisystème », dénonçant un complot des élites, toujours en des termes vagues d’ailleurs. Morceau choisi : « Tout le pouvoir, c’est les réseaux […] c’est l’oligarchie bancaire qui coopte des gens en leur faisant comprendre qu’ils auront leur part du gâteau s’ils participent au projet de domination […] on voit bien qu’au Siècle il y a tout ce monde-là, c’est les gens qui participent au pouvoir, c’est-à-dire les élites […] on est dans le monde de l’hyperclasse mondialiste5. »

Il veut dénoncer la domination des banques et de la fi nance internationale tout en sauvegardant le capitalisme. Il n’attaque jamais la mondialisation capitaliste, mais bien le mondialisme : « Le mondialisme n’est pas la mondialisation. […] Le mondialisme est un projet idéologique […] qui travaille à la mise en place d’un gouvernement mondial et à la dissolution de toutes les nations du globe en une seule humanité. […] la mondialisation – processus d’échanges dus au progrès technique — pourrait tout aussi bien se satisfaire d’un monde multipolaire fait de nations pratiquant un protectionnisme réciproque et raisonné 6. »

Soral s’en prend toujours à l’impérialisme américain et à son allié sioniste, ce qui plaît : « on cherche à obtenir des gens dans les médias un soutien inconditionnel à Israël […] si t’es antisioniste ou judéocritique, tu dégages7. » Pourtant, il ne parle jamais de l’impérialisme français. Il veut d’ailleurs occulter tout bilan, toute réflexion sur le passé colonial français : « la culpabilisation du peuple de France qui n’a rien à voir avec la Collaboration […] l’antisémitisme », ni avec l’esclavage et la colonisation. Il ne faut plus en parler, car ça entretient la « haine de la France8 ».

Lorsqu’il condamne l’hypocrisie du PS et de l’UMP qui tiennent un discours de défense des droits de l’homme tout en soutenant Israël et les interventions en Libye et en Syrie, il fait mouche : « Le droit-de-l’hommisme est, aujourd’hui, le bras armé idéologique du mondialisme9. »

Il présente l’élite au pouvoir en France comme étant au service du sionisme : « Bernard-Henri Lévy, qui défend les intérêts israéliens, a donné l’ordre à l’armée française, au-dessus de Juppé, qui n’était pas très chaud pour y aller, de déclarer la guerre à la Libye sans recourir à un vote du parlement. » Selon lui, il fallait pour Israël avoir une « présence militaire impériale proche des frontières de l’Égypte […], car si les frères musulmans et l’armée égyptienne s’entendent, le blocus de Gaza c’est fini10 ». En attendant, les entreprises françaises, surtout Total, ont de beaux jours devant elles en Libye11, les frères musulmans ont gagné les élections, quant à Gaza…

Il faut lire l’allocution de Soral prononcée à Villepreux le 2 novembre 2008 sur « Le politiquement incorrect comme idéologie de résistance au mondialisme12 » pour bien comprendre comment il s’intègre dans ce vaste courant de la critique d’extrême droite qui substitue au discours anticapitaliste et anti-impérialiste, un discours sur les valeurs : « Le politiquement incorrect n’est en rien un inutile jeu de provocations. C’est, même […] la doctrine de résistance au mondialisme. […] nous pouvons, nous nationaux, en tant que seuls critiques effi cients […] devenir les maîtres à penser de demain et incarner, nous et nous seuls, le renouveau du Génie français ! ». Cette nouvelle élite, nourrie au biberon de la pensée Nouvelle droite pour diriger la France de demain en occupant le terrain déserté par la gauche.

Tout comme Marine Le Pen, Soral aime entretenir la confusion politique en parlant alternativement du système UMPS et de la résistance au mondialisme. « J’aime certains gars de banlieues pour ça, j’aime Le Pen pour ça […] Ce sont encore des hommes […] toutes ces merdes du système UMPS […] J’aimerais bien voir le jour où ça va péter dans la rue, comment ils vont se comporter […] moi je suis prêt déjà à ça, pas eux13. » Cette saillie provocatrice, mêlée de fanatisme et de culte du surhomme pourrait prêter à sourire. Elle est néanmoins typique du personnage et du fond de ses idées politiques. Lorsque ça va « péter » comme il dit, on peut se demander si lui et ses copains du FN seront du bon côté, ou s’ils joueront, comme toute l’histoire l’a montré, le rôle de gardiens du capitalisme, de bourreaux du mouvement ouvrier. En attendant, ce côté rebelle contestataire et prêt à en découdre plaît à des jeunes qui se trompent de colère.

Parcours d’un rebelle autoproclamé

Alain Bonnet de Soral est né le 2 octobre 1958 à Aix-les-Bains. Il se présente comme suit : « Je suis donc un atypique, fils de bourgeois déclassé, ayant passé son enfance au milieu des communistes dans une cité-dortoir, mais allant au collège Stanislas […] comme la plupart des marginaux que je croise dans les squats et autres lieux alternatifs qui me permettent de survivre et d’échapper au salariat. […] J’ai toujours été un fervent patriote […]. Mon virage vers le communisme et le PCF […] je m’essaierai, toujours pour survivre, au journalisme et à la publicité. […] nous faisons campagne pour le “non” à Maastricht… Une campagne pour le non où PCF et FN se retrouvent dans le même camp… […]14. »

Nous sommes alors en 1993, après la chute du socialisme en URSS. Le PCF, comme nombre de partis communistes européens, est en pleine débâcle. Soral, estimant sans doute qu’il a misé sur le mauvais cheval, entame un tournant qui l’amènera en 2005 à adhérer au Front national de Jean-Marie Le Pen. En novembre 2007, il devient un cadre du parti d’extrême droite en intégrant le comité central du FN.

Au début des années 1990, il est donc au PCF, mais participe à l’appel de Jean-Paul Cruse pour créer un large front ni droite, ni gauche15 rassemblant « Pasqua, Chevènement, les communistes et les ultranationalistes […] la civilisation contre la marchandise — et la grandeur des nations contre la balkanisation du monde [… contre] Wall Street, le sionisme international, la bourse de Francfort et les nains de Tokyo16. » Le PCF condamna promptement ce projet de rapprochement « rougebrun » qui tourna court. Pour Alain Soral, ce fut une école. C’est à l’Idiot international de Jean-Edern Hallier, un journal pamphlétaire et anarchiste de droite, que s’opère ce rapprochement entre déçus de la gauche communiste et électrons libres de la droite extrême. L’initiative est soutenue par Alain de Benoist, qui fut l’un des plus infl uents penseurs de la Nouvelle Droite. Il fonde le GRECE (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne) en 1969 pour lutter contre Mai 68 et la domination des idées de gauche dans la société moderne. Une bonne partie des jeunes cadres du FN et de l’UMP ont été fortement influencés par ce courant qui a joué un rôle de catalyseur du rapprochement actuel entre la droite dure et la droite extrême.

« Il me paraît clair que, depuis la ratification du traité de Maastricht, l’ennemi est le capitalisme financier mondialiste, dont l’Europe est le cheval de Troie. […] Il me paraît clair aussi que le seul homme politique qui peut combattre ce système ne peut être qu’un nationaliste17. » Soral écrit ceci en 2007, en parfaite continuité avec ses débuts en politique en 1993. Mais s’il y a continuité idéologique, la fidélité des engagements n’est pas son fort. Il claque la porte du FN en 2009, déçu de ne pas avoir été choisi comme tête de liste en Île-de-France. Il anime alors avec l’humoriste Dieudonné une liste antisioniste aux élections européennes de 2009 qui connaît un échec cuisant. Il fonde ensuite le collectif Égalité et Réconciliation afin « de créer l’union sacrée de la gauche patriote et de la droite antifi nancière, afin d’atteindre le pourcentage électoral qui permettra au peuple de France de reprendre le pouvoir par les urnes18 ». Aujourd’hui, il se sert de cette association comme tremplin pour faire sa publicité et peut-être gagner son retour au FN en soutenant Marine Le Pen lors de la campagne présidentielle de 2012, mais cette fois en restant à l’extérieur du FN.

Les grandes constantes de la « pensée Soral »

Essayons maintenant de déceler ce qui est constant dans ses écrits, ce sur quoi il insiste. Voyons ce qui se cache derrière la rhétorique droite des valeurs, gauche du travail.

Il n’y a pas de danger fasciste aujourd’hui en France

Mais il doit pour cela pratiquer un double discours sur le danger de la montée du FN et dénoncer tous ceux qui veulent maintenir le cordon sanitaire. « En fait, pour qu’il y ait fascisme, il faut qu’il y ait démocratie — et pour pousser la précision plus loin, qu’il y ait démocratie en crise et risque de prise du pouvoir par les communistes […]. Dès lors, parler de menace fasciste dans le monde unipolaire d’aujourd’hui a très peu de sens19. » « Les mêmes qui avaient sponsorisé le fascisme des années 30 ont mis en place, dans les années 60, un système infiniment moins coûteux et bien plus efficace pour enlever au peuple toute volonté séditieuse… Et ce système s’appelle société de consommation20. » Nous sommes d’ailleurs en train d’en sortir avec le démantèlement des conquêtes sociales depuis les années 90. Une vérité pour deux gros mensonges :

  • La bourgeoisie ne renonce jamais à la possibilité de la répression des masses par l’État à son service. Le fascisme n’est pas assimilable à une simple dictature militaire, il allie le terrorisme d’État à un mouvement de masse basé sur les éléments déclassés et sur les classes moyennes fragilisées par la crise, il fait suite à un échec majeur du mouvement ouvrier.
  • Le fascisme n’est pas un phénomène qui émerge du jour au lendemain, il a besoin de temps et d’un climat propice pour apparaître. Aujourd’hui, les capitalistes veulent faire porter aux travailleurs le poids de la crise économique qui a commencé en 2008. En France, les luttes contre la réforme des retraites du ministre Woerth n’ont pas réussi à la stopper. D’autres luttes viendront. Face à la résistance croissante des masses populaires, une alliance FN-UMP brisant le cordon sanitaire est possible. Elle inaugurerait une période de restriction stricte des droits démocratiques donc des possibilités pour les forces de gauche, y compris les syndicats, de résister aux attaques du Capital contre le Travail. Cette alliance existe déjà en Françafrique où beaucoup de cadres du FN font leurs premières armes21. Elle existe déjà dans les médias, où le discours du FN est de plus en plus banalisé grâce aux « intellectuels médiatiques » proches de Sarkozy comme Éric Zemmour ou Pascal Bruckner.

Son discours soi-disant réconciliateur masque d’ailleurs assez mal sa haine viscérale contre ceux qui ont efficacement combattu la domination fasciste : « Un antifascisme désormais sans fascistes » issu de l’alliance entre gaullistes et PCF pour masquer la « domination du Capital dans sa forme la plus parasitaire — anti-industrielle et fi nancière22. »

À la fin de son livre, Comprendre l’Empire, Soral compare fascisme et communisme pour mieux défendre les expériences fascistes : « Les opposants sérieux à la démocratie moderne : du nationalisme intégral de Charles Maurras à la République islamique d’Iran, en passant par l’Ordre noir de la SS cher à Heinrich Himmler, cette même tentative de juguler le pouvoir de l’argent par le retour au pouvoir absolu d’un ordre à la fois militaire et religieux. La seule puissance militaire, sans le secours du sacré face aux forces de l’argent, conduisant inéluctablement à la défaite, comme en témoignent les expériences communistes et fascistes européennes, le panarabisme, le baasisme23. » Mais ce genre de citation révélatrice est noyé dans un flot de diatribes contre le pouvoir des banques, contre Israël, contre l’impérialisme américain, jamais contre l’impérialisme français, cela s’entend.

La France !… Quelle France ?

« Pour ceux qui n’auraient pas compris le raisonnement : il n’existe pas de lobby juif en France, puisque c’est interdit ! » Pour ceux qui n’auraient pas encore compris Soral : le lobby judéo-maçonnique domine le monde puisque tous les présentateurs télé juifs français veulent sa peau. Ce qui lui permet d’affirmer qu’il suffirait de changer d’élite dirigeante (en balayant les juifs pour commencer) pour que tout rentre dans l’ordre, puisque le système ne fonctionnait pas si mal du temps de l’âge d’or, à l’époque de De Gaulle. « Il faut que les élites légitimes, patriotes, françaises reprennent le pouvoir sur ce pays […] refaire une Constitution […] sortir de l’Europe […] arrêter avec l’euro […] reposer la question nationale et identitaire intelligemment […] échapper à la dictature du mondialisme financier24 » en soutenant l’impérialisme et les bons capitalistes patriotes français…

« Je me souviens de la banlieue populaire des années 60 […] les travailleurs y vivaient en bonne intelligence, et dans le plein emploi […] Aucun racisme contre les anciens immigrés […] les seuls qui posaient problème, déjà, c’étaient les Algériens qui se tenaient à l’écart dans la solitude, la peur, l’islam25. » Il fait comme si cette cohésion, cette harmonie supposée des quartiers populaires étaient organiques au « bon peuple français » : « Une communauté française dans les faits, la moins raciste du monde puisque peuplée majoritairement, et jusque-là sans trop de problèmes, d’anciens étrangers26. » Les peuples ont des caractéristiques politiques qui sont comme inscrites dans leurs gènes : « Le Français a toujours tendance à prendre le parti du plus faible et de l’humilié27 . » En bref, la France est la patrie des droits de l’Homme inscrite dans les gènes des Français et non dans l’histoire des luttes de classes acharnées pour les droits sociaux et démocratiques. Quid de la colonisation française, une des plus féroces pourtant (Indochine, Algérie, etc.) ? Quid de la néo-colonisation en Françafrique ? Quid du travail du PCF dans les banlieues après 1945 ; peut-être est-ce là qu’il faut trouver quelque réalité au mythe du « bon peuple français » ? Quid du massacre du 17 octobre 1961 ? Quid des bidonvilles de Nanterre ?

Toute analyse sérieuse d’un discours politique doit tenir compte de ses références historiques : la Commune de Paris ou le mouvement boulangiste visant à instaurer une dictature en France en 1888 ? Le Front populaire ou l’État français du maréchal Pétain ? Le FN, quant à lui, prétend : « nous ne rejetons rien de ce qui appartient à l’histoire de France28 », dixit Le Pen sur France 2 en 1990, pour pouvoir réhabiliter ses vieux mythes racistes et élitistes, battus en brèche lors de la défaite des nazis en 1945. Ce discours ne prospère que sur le mensonge et la manipulation des masses. Il se croit permis de tout revoir : la traite des noirs, la colonisation, les chambres à gaz, la résistance et la collaboration, etc. Tout revoir, car il veut faire tourner à l’envers la roue de l’histoire.

Aujourd’hui, prétendre vouloir restaurer l’Ancien Régime le couvrirait de ridicule, voilà pourquoi Soral met tellement en avant le modèle gaulliste : un pouvoir présidentiel fort et nationaliste (une France forte et impérialiste).

« On peut globalement considérer la période d’après-guerre 19451973 comme une période de prospérité et de consensus social […]. Un régime d’économie mixte, libéral et social, résultant du programme du Conseil national de la résistance. » Et pourtant, il a quelques critiques : « le mythe de la trahison pétainiste et de la Résistance de gauche, profitable aux deux contractants […] [De Gaulle] avait pactisé par deux fois avec l’Empire : en 1940, en rejoignant le camp des alliés contre Pétain, puis en 1958, en achevant de liquider l’Empire français dans l’affaire algérienne29. » Soral reprend là deux griefs reprochés à De Gaulle par quasi toute l’extrême droite française après la Deuxième Guerre. Selon lui, De Gaulle n’a pas été écarté par le peuple suite aux actions de Mai 68 et du référendum de 1969, mais parce qu’il s’est opposé à l’Empire qui a manipulé (encore un complot, dont il ne nous dira rien d’ailleurs) pour l’évincer, car il avait la « volonté de retourner à l’étalon-or » et parce qu’il a condamné très mollement l’invasion de la Cisjordanie par Israël en 1967. Rappelons tout de même que la 4e République était le meilleur allié d’Israël et que De Gaulle a continué la politique de livraison massive d’armes à ce pays, en dépit de son double jeu vis-à-vis du monde arabe.

Sarkozy, l’homme des réseaux, traître à la France, car l’ayant réintégré dans l’Otan sous domination américaine (c’est uniquement cela qui dérange Soral). Traître, car ayant ratifié le traité de Lisbonne au mépris du projet d’Europe des Nations de De Gaulle, « l’abandon de la souveraineté nationale », contre l’Europe multinationale de la Constitution européenne. Mais qu’elle soit surtout ultralibérale, Soral n’en dit pas un mot. Traître à la France, car ayant fait entrer des gens que Soral considère comme étant de gauche (Kouchner) et des juifs sionistes (Attali et Klarsfeld) : « Soit en réalité l’union sacrée libérale, atlantiste et sioniste. » Traître, car il n’a pas assez passé les banlieues au karcher : « Un régime sécuritaire envers le peuple du travail sans jamais toucher à la délinquance des prédateurs sous-prolétaires et des prédateurs de l’élite30. » Il faut bien lire l’Abécédaire de Soral, afi n de se rendre compte que le modèle gaulliste est une référence pour lui depuis dix ans31.

Du bon impérialisme

« Notre intérêt, désormais solidaire de celui de l’Allemagne, n’étant pas non plus de rembourser une deuxième fois – via l’ONU — 80 % du coût de la guerre du Golfe aux Américains, pour nous avoir fait perdre tous nos marchés dans la Péninsule arabique. D’autant plus que le but ultime de cette nouvelle guerre impérialiste est de contrer la suprématie économique européenne, par la mainmise sur ses futures sources d’approvisionnement en énergies fossiles32. » Soral représente aux côtés des Le Pen, De Gaulle, De Benoist et autres réactionnaires une tendance de la grande bourgeoise française qui veut briser l’alliance avec les États-Unis.

Ils sont nombreux aujourd’hui à droite à minimiser l’impérialisme français au moment même où il redevient agressif : les événements en Libye, en Côte d’Ivoire et plus récemment en Syrie en sont la preuve. Tandis qu’à gauche, on fait semblant de ne pas le voir, on dénonce Sarkozy, qui serait au service de l’impérialisme américain.

Or, l’impérialisme français est loin d’être enterré, et le grand capital français est tout sauf inféodé aux États-Unis, n’en déplaise à Soral : « En 1980, parmi les 500 plus grands groupes industriels du monde, 217 provenaient des États-Unis, 66 du Japon et 168 d’Europe…33 » En 2008, la liste du magazine Fortune est la suivante : 140 groupes industriels américains, 68 du Japon, 37 de Chine et 179 de 18 pays européens. Quel est l’impérialisme qui se renforce le plus ? De ces 179, 39 sont français et 37 sont allemands. Fortune vient de publier le classement pour 2010 : États-Unis 139, Japon 71, Chine 46, France 39, Allemagne 37, Grande-Bretagne 29, Suisse 15, Pays-Bas 13, Italie 11, Canada 11, Corée du Sud 10, Espagne 10, etc.34 Cette liste est essentielle pour voir les vrais rapports de force dans le monde ! L’impérialisme français est loin d’être mort et en Europe, allié bon an mal an à l’Allemagne, il se renforce. En fait, à deux (malgré des désaccords bien sûr, la rivalité ne s’interrompt jamais), ils se complètent pour dominer la politique européenne. L’axe Paris-Berlin voulu par Mitterrand et Kohl, initié par De Gaulle, est toujours vivace. Que l’on pense par exemple aux coups de force du couple Sarkozy-Merkel pour imposer l’austérité à tous les pays européens.

« Grâce à Zemmour, on a à nouveau le droit d’aimer son pays […] je l’aime bien […] il y avait des juifs à l’Action française qui montraient leur amour de la France en se convertissant au catholicisme, pour montrer qu’il n’est pas dans la double allégeance […] être juif, c’est pas seulement une religion, c’est aussi un peuple, une nation avec Israël […] si on aime la France comme il l’aime, on doit faire comme Marcel Dassault, comme Michel Debré, on doit se convertir au catholicisme […] qu’il aille jusqu’au bout de son assimilation, puisque lui aussi est un métis, un immigré, faut pas oublier, il vient du Maghreb, il est issu d’une double culture35. » Vous avez bien lu, l’important c’est de soutenir l’impérialisme français. Le but de Soral c’est de remplacer les élites mondialistes donc amorales et antifrançaises par de vrais Français nationalistes et catholiques. Pour rappel, Debré était ministre sous De Gaulle et Dassault, un puissant capitaliste du complexe militaro-industriel français. Alain Soral demandera-t-il la même chose aux jeunes musulmans qu’il fait semblant de chérir ? L’Islam ou la France, il faut choisir !

Soral essaie de manipuler les sympathies propalestiniennes et antiisraéliennes pour défendre un renouveau de l’impérialisme français nationaliste et conquérant. Lorsque Soral s’en prend au sionisme, nombreux sont ceux qui pensent qu’il attaque Israël, ce qui n’est pas tout à fait vrai : il en veut aux élites juives apatrides et cosmopolites : « Finalement, les sionistes essaient d’exister : une nation comme les autres […] je préfère cent fois les sionistes à ce genre d’antisioniste juif [comme Chomsky] ce qui les gène dans le sionisme [israélien] c’est que ça rabaisse le cosmopolitisme juif d’élite qui est chez lui partout comme le dit bien Attali […] si on était resté au projet de Herzl où les juifs pourraient vivre en tant que nation sans renouer avec le projet biblique qui est un projet de domination mondiale et mondialiste, je serais le premier des sionistes, car j’estime tout à fait sain qu’un juif veuille exister en tant que nation36. »

On comprend mieux pour qui roulent vraiment Alain Soral et Marine Le Pen. Le FN fait en quelque sorte une offre aux grands patrons : « Nous sommes forts, lâchez l’UMPS pour une France forte, alliée à l’Allemagne, protectionniste et impérialiste, choisissez le FN, allié à la droite de l’UMP. » D’où les appels du pied en direction de la droite de l’UMP et la droitisation de l’opinion savamment orchestrée par les médias. Les grands patrons font leur marché quand ils choisissent de soutenir telle ou telle tendance politique en fonction de leurs besoins du moment. Et aujourd’hui, ils ont de plus en plus besoin de museler les syndicats pour faire passer des réformes antisociales dont l’ampleur est inégalée. La social-démocratie et la droite classique manquent d’efficacité pour réprimer le mouvement ouvrier : la droite dure, décomplexée n’aura pas peur de s’attaquer aux droits démocratiques.

Du bon capitalisme

Soral : « seul le retour aux vieilles valeurs morales : respect des anciens, de la hiérarchie et de la parole donnée, sens de l’honneur et du beau, goût du rituel… peuvent produire une politique sociale. […] Une alliance de l’honneur et du producteur37. » Comme Sarkozy, Soral ne veut pas en finir avec le capitalisme, il veut le moraliser : il y aurait un « bon » et un « mauvais » capitalisme, à savoir, les capitalistes industriels patriotes contre les capitalistes fi nanciers mondialistes. Encore un mythe… Soral ne dénonce pas le capitalisme en tant que tel, mais le capitalisme usuraire, le prêt à intérêts. Il suffirait donc de remettre les banquiers à leur place en réinvestissant l’État de ses droits entre autres régaliens comme le droit de battre monnaie, ainsi que le suggère Marine Le Pen.

Selon Soral, « La Banque devient ainsi propriétaire de tout, sans jamais rien produire, et avec de la fausse monnaie pour seule mise de fonds ! Nous touchons là à ce que nous pouvons appeler à la fois le génie et le vrai secret bancaire38. » Qui n’a été un secret que pour lui, il se révèle donc n’être qu’un vulgaire keynésien (Hitler aussi, tout comme Roosevelt, était keynésien). Cette analyse n’a donc rien de neuf, ni de marxiste, encore moins de révolutionnaire. Ah ! Nostalgie des temps glorieux où l’État pouvait se prêter à lui-même à taux zéro (et donc faire grimper l’inflation qui ruine le bon petit peuple et engraisse les banques… Soral lui-même reconnaît que le pouvoir politique a plus d’une fois fait un usage abusif de la planche à billets). Pas une seule fois d’ailleurs, il ne pose la question essentielle du caractère de classe de l’État.

La Réserve Fédérale américaine représenterait l’archétype de « l’oligarchie bancaire mondiale ». Le vertige des chiffres sans doute : « Or il faut savoir que les seuls intérêts perçus par la FED s’élèvent, annuellement, à 2 500 milliards de dollars. Soit cinquante fois la fortune de Bill Gates. […] Une super fortune que se partage le cartel des douze banquiers internationaux cachés derrière la FED39. » Voilà qui donne le tournis ! Sauf que tout est faux. En 2010, la FED réalise un bénéfice de 80,9 milliards de dollars, dont 78,4 milliards reversés au budget fédéral, soit la quasi-totalité. On est loin des 2 500 milliards, qui sont le chiffre d’affaires de la FED non de ses bénéfices. Les bénéfices de la FED sont l’équivalent des bénéfices cumulés des quatre entreprises multinationales qui ont fait le plus de bénéfices en 2010 : Gazprom (Russie), Exxon Mobil (États-Unis), Industrial & Commercial Bank of China (Chine) et British Petroleum (Royaume-Uni). Trois d’entre elles sont des compagnies pétrolières, de vrais capitalistes industriels. Les entreprises russe et chinoise sont possédées par l’État.

Il parle encore de la mise en circulation de nouveaux billets pour 4 milliards de dollars basés sur un équivalent argent (en fait, cela était possible depuis une loi votée au congrès en 1934 ; Kennedy n’a fait qu’étendre ce principe ; on est loin d’une attaque frontale contre la FED…). Quatre milliards, ça pèse peu face aux 533 milliards de dollars que la guerre du Vietnam a coûtés au contribuable américain et de la part qu’en ont tirée les géants de l’armement…40

Soral aime mettre en exergue le club du Siècle comme preuve du grand complot de la « Banque ». Mais un examen attentif de la liste des participants aux dîners du Siècle de janvier 2011 montre que sur les 131 hommes d’affaires présents41, il y a autant de représentants des banques que d’entreprises industrielles ou de services. Il y a surtout ceux issus de grands groupes d’investissements financiers dont les activités sont multisectorielles, tels Lagardère, Aforge, le groupe Arnault (la société holding de Bernard Arnault, le quatrième homme le plus riche de la planète) ou encore LBO France. Qui n’a pas entendu parler du dîner du Fouquet’s du 7 mai 2007, le lendemain de l’élection de Sarkozy42 ? On pouvait y voir le gratin des capitalistes français venus féliciter leur poulain qu’ils avaient réussi à faire élire : les Arnault, Bolloré, Bouygues, Dassault, Decaux, Frère et bien d’autres. Ce sont ces hommes qui dirigent la politique française dans l’ombre du gouvernement. Les portefeuilles d’actions de ces capitalistes montrent plutôt une imbrication complète entre capital financier et industriel et non la domination de l’un sur l’autre.

Voilà pour le sérieux de la « méthode » Soral. Après ça, il lui est aisé de nous faire prendre des vessies pour des lanternes… de différencier les « bons » capitalistes des « mauvais ».

Les salariés : « des minables qui font un travail de merde43 »

Toute tentative de mettre fin à l’exploitation de l’homme par l’homme serait-elle illusoire ? « Criminelle ! » répond Soral : « Des deux révolutions du 20e siècle, la surréaliste et la communiste, que reste-til ? L’une a changé les objets de décoration sur les murs des bourgeois, l’autre notre arrogance quant à la possibilité de changer le monde autrement que sur le plan esthétique. Révolution futile selon l’ordre du désir, révolution ratée selon l’ordre de la production, deux échecs qui nous forcent à réfléchir sur les pièges jonchant le dur chemin qui mène à l’homme nouveau44. »

Soral défend une dialectique des équilibres entre dominants et dominés, ponctuellement rompus, mais toujours restaurés par une nécessité hissée au rang de loi de la nature. On est chez lui confronté à une vision cyclique et fataliste de l’histoire : il n’y a pas de progrès, c’est l’éternel retour de la domination. Rien de nouveau sous le soleil, il y a toujours eu des riches et des pauvres : « Les hommes ont des idées et ils sont obligés de vivre ensemble. Doués d’imagination par la fonction symbolique, mais aussi d’expression par le langage, ils sont portés par leur nature à discuter la Loi […] quelle que soit la puissance de la révélation, toute religion […] est-elle contrainte de justifier la Loi par la logique. Introduisant de fait, comme le ver dans le fruit, la raison dans la foi… C’est ce moment de basculement45 » qui de manière répétée renverserait les anciennes élites pour en instaurer de nouvelles, portées par une foi tout aussi nouvelle, jusqu’à ce que le cycle recommence. Pas de progrès donc : éternelle domination des élites sur les masses, éternelle, car naturelle.

Soral ne veut donc pas mettre fin à l’exploitation. Cette dernière serait dans l’ordre naturel des choses. « La démocratie n’a jamais existé […] Seule différence avec l’ancienne version antidémocratique d’avant 1789 ? Le privilège de pouvoir être exploité par un ancien pauvre46. » « Esclaves noirs, serfs blancs, prolétaires… Le mensonge que les Afro-Américains ont subi en passant du sud au nord après la guerre de Sécession est à peu près le même que celui que subirent les serfs en passant du servage au prolétariat, après la Révolution. Mensonge démocratique recouvrant l’éternelle exploitation des humbles47. »

Il ne s’agit pas non plus de transformer la société, puisque c’est impossible : « il est intéressant de remarquer que de tout temps, sous tous les régimes : Égypte pharaonique, démocratie grecque, brahmanisme hindou, monarchie catholique… une oligarchie d’à peine 1 % de la population a toujours commandé à la masse des 99 % restants ; comme une meute de loups dominant un troupeau de moutons48. »

Pour Soral, il n’y a que des élites qui se battent entre elles (par petit peuple interposé et qui prend les coups) pour s’emparer de la machine de l’État, des médias, de l’appareil industriel, etc. Tout ça n’a pas grand-chose à voir avec Marx, car il n’y a pas de classes pour Soral, il n’y a que les élites et les masses ; l’occasionnelle référence à des luttes de classes n’est qu’un artifice de langage pour défendre la théorie du grand complot, des intrigues entre les élites pour la conquête du pouvoir. Des pouvoirs pour être précis : économique, étatique, médiatique, etc. La prise du pouvoir n’est qu’un remplacement par des élites plus jeunes, plus vertueuses et spartiates (c’est ce qu’il admire dans la combativité des sionistes…) des plus anciennes, dégénérées, empêtrées dans leurs contradictions.

Il n’a que mépris pour les ouvriers. À leur propos, il tient le même discours que le MEDEF : « Les 35 heures ne sont pas seulement un symbole de gauche, c’est-à-dire une mesure de gauche ineffi cace […] l’application des 35 heures pénalise systématiquement les PME au profit des multinationales […]. Pour les minables qui font forcément un travail de merde, les petits salariés pour qui aucune perspective ni aucun épanouissement ne peut plus venir d’un travail aliéné à l’extrême, moins de travail et toujours aussi peu d’argent ; soit l’espoir de rester de plus en plus longtemps à la maison devant la télé49. »

Ils sont les éternels perdants. « Je les respecte parce qu’ils font tout le boulot », dit-il, mais il tient surtout qu’ils restent à leur place : bosser pour entretenir les « producteurs de concepts », les parasites comme Alain Soral (comme il se définit lui-même d’ailleurs) : « Adolescent […] j’avais pour projet de ne rien faire, juste échapper le plus possible à l’impératif de production pour passer ma vie au café, à discuter et à regarder les fi lles50. » « En contemplant l’Histoire avec un peu de sérieux, on constate que le but permanent du genre humain fut toujours d’échapper au travail51. »

Sa conception du travail est celle de toutes les classes d’exploiteurs avant la Révolution industrielle : une conception de parasites, le travail vu uniquement et toujours comme avilissant, comme une déchéance. Conception aristocratique héritée de l’Antiquité grecque, selon laquelle l’homme libre est par définition un combattant ou un intellectuel, libéré de l’obligation de travailler parce qu’il possède des esclaves pour le faire à sa place. Pas étonnant qu’il estime un pouvoir fort nécessaire, sinon comment faire bosser ces fainéants de prolétaires ? « Le goût du travail bien fait, c’est la dignité de l’Homme. Un sens de l’excellence et du devoir gangrené par un détournement de la lutte des classes devenue alibi de la paresse et du sabotage. Un certain parasitisme syndical52. »

L’abolition de l’esclavage et du servage grâce aux luttes des paysans contre leurs seigneurs ; la Déclaration des droits de l’Homme en 1789 ; les conquêtes du mouvement ouvrier comme la fin du travail des enfants, le suffrage universel, les contrats de travail, la loi sur les huit heures, les libertés syndicales, la sécurité sociale ; la révolution d’Octobre, les États socialistes ; les indépendances des pays colonisés : tout ça n’existe pas dans le discours de Soral.

Le grand complot

Pour Soral, le rôle des masses devrait donc se limiter à soutenir de nouvelles élites plus vertueuses et plus solides face à la « Banque, [contre] l’Empire. Leur triomphe [des grands hommes] passant toujours et nécessairement par l’appui, la constitution de réseaux ». D’où les intrigues et les complots qui, à la mesure du renforcement de la cohésion et de l’influence de ceux-ci, donnent la victoire. Ils sont « la condition sine qua non de toute prise de pouvoir…53 » Ceux qui rêvent que Soral voudrait faire un patient travail d’organisation, de conscientisation et de mobilisation des travailleurs pour rendre cette société plus juste en seront pour leurs frais. Non, lui et ses semblables veulent être califes à la place du calife : virer BHL et DSK car ce sont des juifs sans morale, parce que juifs. Tandis que lui et Le Pen seraient vertueux, parce que chrétiens et français authentiques…

Soral remet au goût du jour les théories organicistes sur la société de Maistre, Bonald et Burke54, inventées au début du 19e pour s’opposer à l’universalisme républicain, enfant de la Révolution française. La société moderne serait absurde, elle rompt les équilibres naturels. Elle est donc vouée à disparaître « par un châtiment du sens. C’est juste une question de temps… Car tout système de domination [doit posséder] sa justification transcendante dans l’ordre symbolique […] aucun ordre absurde ne saurait être durable55. » Ou pour le dire autrement : toutes les sociétés complexes ont besoin d’ordre, donc de hiérarchie. Et qui dit hiérarchie, dit inégalité. Mais cette inégalité doit être fondée sur un discours qui semble légitime et basé sur une relation de réciprocité. Soral aime prendre à ce propos l’exemple de l’Ancien Régime basé sur trois ordres : ceux qui travaillent, ceux qui prient et ceux qui combattent et protègent. Il ne dit rien évidemment des impôts et corvées exorbitants exigés des paysans par l’Église et les seigneurs, ni que ces derniers décidaient seuls des lois et maintenaient le peuple dans une ignorance crasse. Ce n’est pas plus un « châtiment du sens » qui a mis fin à ce système, mais bien les soulèvements paysans et la Révolution française.

Lorsque Soral fait semblant de dénoncer le discours stigmatisant des médias à l’encontre des musulmans, il ne prône pas l’unité des travailleurs contre l’exploitation capitaliste. Non, tout progressiste se réduit à ce qu’il appelle « Des antiracistes gauchistes toujours immigrationnistes, par haine des peuples enracinés. Mais, désormais antiislamistes, au nom de la défense de la laïcité. Tout cela voulu bien sûr par la toute-puissance de plus en plus visible du lobby sioniste […] une obscénité communautaire parfaitement illustrée par la prosternation générale du personnel médiatique et des instances républicaines, président de la République en tête, à l’annuel dîner du CRIF5657 » L’enjeu n’est donc pas d’unir les travailleurs, mais tous les vrais Français contre les dangers plus ou moins fantasmés du « mondialisme ». Bref, tout comme le FN, il vend aux capitalistes un discours et des méthodes de défense de l’ordre capitaliste qui seraient plus efficaces contre les mouvements sociaux que ceux de l’UMP et du PS.

Il veut nous resservir le vieux rêve fasciste d’un État fort et ultranationaliste afin d’abolir la lutte des classes sans mettre fin à la division de la société en classes et à l’exploitation : « Un luttisme de classe ne pouvant être contré, dans notre société bourgeoise de l’immanence et du profit, que par la solidarité nationale en remplacement de l’ordre divin58. »

Soral développe une théorie du grand complot comme moteur de l’histoire, l’action des réseaux de pouvoir en lieu et place de la lutte de classes : « La lutte du grand capital mondialiste, manipulant et finançant les révolutionnaires professionnels issus de la bourgeoisie cosmopolite […] pour empêcher la jonction populaire, elle authentiquement révolutionnaire de la petite bourgeoisie et du prolétariat national […] étant l’histoire cachée du mouvement ouvrier59. » Sa preuve ? Le ralliement au libéralisme de toute la gauche à partir des années 1970, qui coïnciderait avec la fin de la bourgeoisie nationale.

Résultat ? « La destruction finale de la classe moyenne – productive, lucide et enracinée — correspondant au projet impérial de liquidation de toute insoumission au Capital, par essence apatride60. » Les compromissions répétées des sociaux-démocrates avec l’ordre bourgeois, la désertion du combat anticapitaliste par le PCF : tout cela ne serait que le produit d’un grand complot de la « Banque », concocté il y a plus d’un siècle et dont les « maîtres du monde » auraient prévu toutes les étapes. La révolution d’Octobre en Russie et la chute du mur de Berlin ; tout aurait donc été goupillé à l’avance ? Tous les enchaînements de l’histoire devraient donc aboutir au « règne de la fi nance américaine sur le reste du monde, à travers la création de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. L’Empire61. » Il y avait donc un plan de domination au départ…

Toute cette longue, pénible et délirante démonstration, pour en arriver finalement à prôner comme alternative : le ralliement du monde du travail à l’impérialisme français contre le grand complot mondialiste américano-atlanto-judéo-maçonnique.

Marx : l’ennemi à abattre

Tout le discours de Soral sur la réconciliation de la droite des valeurs et de la gauche du travail masque mal que son véritable objectif est de réhabiliter le fascisme. Son rôle dans le jeu politique français : ratisser large, rallier un électorat d’origine immigrée, et ce, malgré la campagne anti-islam de Marine Le Pen, rallier des jeunes déçus des inconséquences d’une gauche qui se renie et est toujours plus libérale. L’objectif ? Un succès électoral pour le FN en 2012, ce qui accélèrerait le rapprochement UMP-FN. Le tout afin d’aboutir à une fascisation de l’État français qui fortifierait l’impérialisme franco-allemand, libéré de son alliance et de sa sujétion à l’impérialisme étasunien.

Le prolétariat se constitue de ceux qui survivent en vendant leur force de travail aux capitalistes possesseurs des moyens de production. Ils sont les producteurs de toutes les richesses et n’ont pourtant le droit de rien dire sur comment faire tourner la société. Le marxisme donne justement les clés pour sortir de cette soumission, il offre une perspective aux luttes éparpillées.

Que pense Soral du mouvement ouvrier ? « Classe potentiellement révolutionnaire de petits salariés incarnant le pouvoir réel, mais dénués de toute subjectivité subversive d’un côté ; classe traditionnellement révoltée, mais sortie de l’Histoire en même temps que de la production concurrentielle ou de la production tout court, de l’autre… »

Que pense-t-il du marxisme ? « Le marxisme a rencontré le problème de toutes les sciences humaines, qui est de ne pas être tout à fait exactes. […] Quoi qu’il en soit, les 10 % qui séparaient au départ Dieu de Marx (le second après Dieu) se mesurent à l’arrivée par l’écart entre le “socialisme réel” et le paradis ! » Assez tôt dans son livre Contre l’Empire, il doit quand même évoquer l’expérience de la construction du socialisme en URSS pour mieux pouvoir évacuer la seule tentative réussie d’une alternative anticapitaliste : « Le communisme soviétique étant, en théorie, la tentative de mettre hors d’état de nuire la domination oligarchique et privée de l’argent, par la socialisation intégrale des moyens de production sous contrôle public de l’État ». Une épopée qu’il qualifie de « juive en haut pour la volonté de domination, chrétienne en bas pour l’espoir de partage62 ». Il réhabilite la vieille rengaine fasciste du complot judéo-bolchevique de domination mondiale. Encore une fois, le bon petit peuple (russe orthodoxe) a été manipulé par des élites (juives).

Il s’agit bien d’une attaque en règle contre le mouvement ouvrier révolutionnaire et les expériences des pays socialistes. Il lui faut dénigrer les expériences de construction du socialisme, tentatives de réaliser une société sans classes, pour pouvoir mieux défendre son modèle fasciste d’une société qui maintiendrait l’exploitation, mais avec la maigre consolation d’être dominée par une nouvelle élite autoproclamée plus vertueuse que l’ancienne. Avec un tel discours, il est donc tout à fait « politiquement correct » ! Il hurle en chœur avec tous les anticommunistes de la gauche sociale-démocrate à la droite UMP qu’il n’y a rien à tirer de l’expérience des pays socialistes.

Contre Marx, Soral défend Proudhon, Bakounine et Sorel, « Une société mutualiste de petits producteurs […] Une société aux antipodes aussi bien du socialisme marxiste-léniniste que du capitalisme bourgeois, tous deux fondés sur la fuite en avant technicienne, l’extrême division du travail et le salariat généralisé au service d’un État-patron (pour le socialisme) et d’un Patron-État (pour le capitalisme), ce qui revient au même…63 » Soit le socialisme utopique contre le socialisme scientifique. Nous avons vu qu’il repousse l’utilisation de la méthode scientifique pour l’étude des sociétés. C’est la volonté contre la science, les mythes sont censés remplacer les faits, car l’histoire ne serait qu’une construction idéologique de l’élite des vainqueurs, de ceux qui ont le pouvoir. Tous les fascistes sont antimodernes, Mussolini aussi citait Proudhon et Sorel. Les nazis aussi ont flatté la paysannerie et le petit-bourgeois allemand avant de donner tout le pouvoir aux géants industriels.

Sur les fausses solutions fascistes

Le prolétariat est sans volonté propre ; toute tentative d’émancipation est illusoire ; l’exploitation et la division en classes ont toujours existé ; les masses sont toujours manipulées ; il n’est pas possible d’être objectif et scientifique en étudiant l’histoire… Qui donc est servi par un tel discours ?

Aujourd’hui, il n’y aurait plus de danger fasciste ; il y a des élites per-verses et des élites vertueuses ; il y a des bons et des mauvais capitalistes ; ce qu’il nous faut c’est un État fort ; nous devons tous nous rassembler derrière la bannière tricolore… Quelle classe un tel programme défend-il ? Oui, c’est vrai, le fascisme s’est toujours posé en alternative au libéralisme. Mais il n’ambitionne nullement la fi n de l’exploitation capitaliste.

L’impérialisme allemand et français est provisoirement allié à l’impérialisme américain pour faire face à la montée en puissance de la Chine, perçue comme une menace contre l’hégémonie étasunienne. Certains fascistes comme Soral estiment que l’Allemagne et la France doivent se détacher du lien atlantique et se constituer en superpuissance : c’était le projet de De Gaulle. Une telle option ne pourra se faire qu’au prix de lourds sacrifices payés par les travailleurs. Mais cela importe peu aux fascistes comme Soral, seule compte la grandeur de la France des capitalistes.

Les fascistes ont toujours vendu leurs services aux capitalistes, prétendant qu’ils étaient plus efficaces que les partis démocratiques pour mater le mouvement ouvrier : « J’aime Le Pen pour ça […] Ce sont encore des hommes […] toutes ces merdes du système UMPS […] J’aimerais bien voir le jour où ça va péter dans la rue, comment ils vont se comporter […] moi je suis prêt déjà à ça, pas eux64. » Alors que de grandes luttes sociales s’annoncent pour contrer l’austérité voulue par l’Europe des patrons, Soral et ses semblables sentent que leur temps est venu.

La réponse de la vraie gauche à la crise générale du capitalisme qui s’abat contre le monde du travail doit combattre le fatalisme entretenu par les médias bourgeois. Les soi-disant vérités sur les pays socialistes, sur les révolutions et les luttes qui ne changent rien, sur les boucs émissaires de la crise, tout cela est une construction idéologique empruntée par Soral au discours dominant de la bourgeoisie. Il prospère sur le fumier de La barbarie à visage humain de Bernard-Henri Lévy, sur les provocations racistes d’Éric Zemmour, sur le discours au karcher de Sarkozy.

Soral refuse aux opprimés toute initiative propre, toute velléité de sortir de leur condition d’exploités, tout rôle dans l’histoire. Or, Marx a démontré que c’est la lutte des classes qui est un des principaux moteurs de l’histoire. Et les faits ont démontré que les ouvriers étaient capables de prendre leur sort en main : pour sortir les enfants des mines, pour augmenter les salaires, pour ne plus travailler comme des forçats, pour se syndiquer et même prendre le pouvoir et tenter de construire le socialisme en URSS.

« Tout indique qu’un long processus initié au 18e siècle par une oligarchie bancaire mue par l’hybris de la domination approche de son épilogue. Ce Nouvel ordre mondial […] un gouvernement mondial sur les décombres des Nations. Cette oligarchie spoliatrice […] nomade aux procédés sataniques menant le monde à cet “âge sombre” décrit par la Tradition. 2012 : soit la dictature de l’Empire ou le début du soulèvement des peuples. La gouvernance globale ou la révolte des nations65. » 2012, échéance de l’élection présidentielle en France, voilà le moment où tout peut basculer. Les capitalistes n’ont qu’à bien se tenir, ils en tremblent déjà…

« Révolte des nations » contre l’ « Empire de la Banque » ? Ce qui se cache derrière cette fumisterie, c’est le projet fasciste de restaurer la « grandeur » de la France, alliée à l’Allemagne pour défier les États-Unis et soumettre les pays du tiers monde. Ce projet impérialiste sert les intérêts du grand capital français et leur propose la constitution d’un État fort et militariste sur les ruines de la sécurité sociale. Les travailleurs n’ont rien à gagner à suivre un tel programme. C’est ici qu’il faut être clair sur ce que l’on veut : soutenir l’impérialisme européen contre l’impérialisme américain ? Ou soutenir les luttes des travailleurs et des peuples opprimés contre tous les impérialismes ?

Ne laissons pas des Soral falsifier encore plus l’histoire que la bourgeoisie ne l’a déjà fait. La constitution d’un large front anticapitaliste et antifasciste nécessite pour être efficace que les organisations ouvrières en prennent la tête. Cela passe aussi par la lutte idéologique contre la pensée unique et contre cette fausse alternative qu’est le fascisme, car elle est le plan B de la bourgeoisie pour soumettre par la force le mouvement ouvrier. Si elle s’imagine qu’on va la laisser faire…

 

 

Arnaud Staquet

 

 

Arnaud Staquet, 39 ans, est historien. Il enseigne dans un collège d’un quartier populaire de Bruxelles. Collaborateur de l’Inem, il est directeur de l’Université marxiste.


NOTES

1 http://www.comprendrelempire.fr/ et http://www.egaliteetreconciliation.fr/.
2 Alain Soral, Abécédaire de la bêtise ambiante, Éditions Blanche, Paris, 2008, p. 13.
3 http://www.dailymotion.com/video/x8069t_alain-soral-parle-des-jeunes-de-cit_news
4 http://oumma.com/Interview-de-l-ecrivain-Alain
5 http://www.youtube.com/watch?v=Q7LngtEE0Gk
6 http://www.egaliteetreconciliation.fr/Le-politiquement-incorrect-comme-ideologie-deresistance-au-mondialisme-2977.html
7 http://www.youtube.com/watch?v=ogxPrMc8AtU
8 Alain Soral, Comprendre l’Empire, op. cit., p. 180-182.
9 http://www.egaliteetreconciliation.fr/Le-politiquement-incorrect-comme-ideologie-deresistance-au-mondialisme-2977.html
10 http://www.youtube.com/watch?v=ffma4lH_6iY
11 http://www.chambre-de-commerce-franco-libyenne.org/index.php?option=com_content&view=article&id=202%3Adeplacement-du-secretaire-detat-au-commerce-exterieur-pierre-lellouche&catid=1%3Aactu&Itemid=121&lang=fr
12 http://www.egaliteetreconciliation.fr/Le-politiquement-incorrect-comme-ideologie-deresistance-au-mondialisme-2977.html
13 http://www.youtube.com/watch?v=W16vBf3oomU
14 Alain Soral, « Du communisme au nationalisme », allocution prononcée à Vénissieux le vendredi 2 mars 2007 (http://www.egaliteetreconciliation.fr/Du-communisme-aunationalisme-2975.html).
15 Selon l’heureuse expression de Zeev Sternhell, Ni droite, ni gauche : L’idéologie fasciste en France, Éditions du Seuil, Paris, 1983.
16 http://des-infos.20minutes-blogs.fr/archive/2007/06/13/article-de-jean-paul-crusepour-une-alliance-avec-le-front-n.html
17 Alain Soral, « Du communisme au nationalisme », op. cit.
18 Ibid.
19 Alain Soral, Abécédaire…, op. cit., p. 328-329.
20 Ibid., p.21.
21 François-Xavier Verschave, Au mépris des peuples : Le néocolonialisme franco-africain, La Fabrique éditions, Paris, 2004.
22 Alain Soral, Comprendre l’Empire, op. cit., p. 225.
23 Ibid., p. 162-163.
24 http://www.youtube.com/watch?v=yNcwe9Bmak8
25 Alain Soral, Abécédaire…, op. cit., p. 33-34.
26 Ibid., p. 192.
27 Ibid., p. 442
28 http://www.ina.fr/histoire-et-confl its/decolonisation/video/I00000624/le-pen-sur-laguerre-d-algerie.fr.html
29 Alain Soral, Comprendre l’Empire, op. cit., p. 176-179.
30 Ibid., p. 195-199.
31 Lire à ce propos l’article « De Gaulle, Charles » dans Alain Soral, Abécédaire…, op. cit., p. 297-300.
32 Alain Soral, Abécédaire…, op. cit., p. 294
33 Beate Landefeld, « La bourgeoisie s’européanise-t-elle ? » Études marxistes no 90, 2010, p. 71.
34 http://money.cnn.com/magazines/fortune/global500/2008/countries/Germany.htm
35 http://www.dailymotion.com/video/xcvldn_alain-soral-sur-l-affaire-zemmour_ webcam
36 http://www.egaliteetreconciliation.fr/Alain-Soral-entretien-de-janvier-2012-10103.html
37 Alain Soral, Abécédaire…, op. cit., p. 7.
38 Alain Soral, Comprendre l’Empire, op. cit., p. 50.
39 Ibid., p. 60.
40 Ibid., p. 66-67.
41 http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/03/66/15/plpl/Participants-diner-dusiecle-27-01-11.pdf
42 Lire à ce propos M. Pinçon et M. Pinçon-Charlot, Le président des riches, Paris, La Découverte, 2010.
43 Alain Soral, Abécédaire…, op. cit., p. 28-29.
44 Ibid., p. 435.
45 Alain Soral, Comprendre l’Empire, op. cit., p. 80.
46 Alain Soral, Abécédaire…, op. cit., p. 88-89.
47 Ibid., p. 328.
48 Alain Soral, Comprendre l’Empire, op. cit., p. 102.
49 Alain Soral, Abécédaire…, op. cit., p. 28-29.
50 Ibid., p. 11.
51 Ibid., p. 103.
52 Ibid., p. 466.
53 Ibid.
54 Voir Zeev Sternhell, Les anti-Lumières : Une tradition du XVIIIe siècle à la guerre froide, Gallimard, Paris, 2010.
55 Alain Soral, Comprendre l’Empire, op. cit., p. 79-80.
56 Conseil représentatif des institutions juives de France
57 Alain Soral, Comprendre l’Empire, op. cit., p. 190-195.
58 Ibid., p. 119.
59 Ibid., p. 133.
60 Alain Soral, Comprendre l’Empire, op. cit., p. 133-143.
61 Ibid., p. 57-58.
62 Alain Soral, Comprendre l’Empire, op. cit., p. 67-69.
63 Ibid., p. 120-131.
64 http://www.youtube.com/watch?v=W16vBf3oomU
65 Alain Soral, Comprendre l’Empire, op. cit., p. 237-238.

 

 

Études marxistes

http://www.marx.be/fr

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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 20:20

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Le mot d’ordre est juste. Comme tout mot d’ordre, il mérite un éclairage. Qui le défend ?A qui s’adresse t-il ? Par qui est-il récupérable ?

La directrice des Ressources Humaines de Carrefour,  la directrice de l’Agorah, le directeur de la SHLMR… les forces de répression ?

La créolisation des cadres est un combat d’arrière-garde : Kompétans lokal, komandér makro ? Ces messieurs de la préférence régionale veulent exercer dans le cabinet du préfet, être des directeurs s’il vous plaît. Il s’agit en réalité aujourd’hui d’une revendication de la petite-bourgeoise intellectuelle qui tente de s’appuyer sur les explosions urbaines pour se frayer une diagonale à la Réunion. Or, son rôle, pour ceux qui en sont conscients et en ont le courage est de mettre à bas le système qui crée le mal-développement à la Réunion, est de s’approprier économiquement le pays.

 

Le mot d’ordre : Viv épi travay dan nout péi, sans contenu de classe, sans caractère national, sert les intérêts électoralistes des autonomistes de droite comme de la pseudo-gauche… Pratique, les partis comptent précisément sur la petite-bourgeoisie pour s’inscrire sur les listes et docilement glisser le bulletin aux urnes.

 

Pas de créolisation de l’emploi sans emploi : c’est évident. Le consensus sur le mot d’ordre est un consensus colonial et libéral. Le PCR -qui sort de son brillant congrès- est face à ses contradictions d’appareil colonial : selon ces partisans l’emploi local est une priorité ( AJFER) mais il faudrait envisager « 10 ans, 20 ans…  » avant d’envisager une fonction publique entièrement locale. On sent la carotte. Or, premièrement, la fonction publique territoriale est importante à la Réunion. Deuxièmement, les réunionnais n’ont pas attendus les chantres de la créolité pour passer les concours de la fonction publique et rentrer au pays dès que cela a été possible. Troisièmement, le débat sur la régionalisation ne fait qu’annoncer la fin du service public dans le cadre des politiques d’austérité. Plus de décentralisation, plus d’inégalités et plus de difficultés pour la Réunion.

La préférence régionale n’est pas  la créolisation totale mais plutôt le signe d’ un contexte de dégradation des conditions de travail et de salaire sans précédent qui est bel et bien annoncé.

 

Avec d’autres nous pensons que sans libération nationale, il n’y aura guère de libération sociale.


Citons l’écrivain et penseur Cabort-Masson, dissident du césairisme : « Ces dernières décennies ont établi une loi de la décolonisation irréfutable : dans toutes les colonies les leaders, petits-bourgeois ou grands, ont eu à choisir entre le ventre et l’âme. Ils ont choisi l’âme, la liberté politique collective sans laquelle la liberté individuelle n’est qu’illusion. »

Ne soyons pas, nous réunionnais, des exceptions à la règle. Prendre ses responsabilités, c’est préparer l’avenir d’une Réunion jouissant d’une indépendance économique. Or, l’autonomie prônée ici et là, mise en avant par les médias coloniaux (presse de droite à l’avant-garde), fantasmée par certains naifs fonnkérisants, nous donnant l’illusion de liberté, nous aliènera davantage à la France. A moins que le niveau de conscience augmentant, cette autonomie accentuant les contradictions, ne mène indéniablement la Réunion et ses enfants vers l’unique voie historique qui l’attende, c’est-à-dire l’indépendance. Cette indépendance sera à l’image du réunionnais et de la réunionnaise d’un nouveau type ou à l’image du colonialiste. C’est à nous, réunionnais, de veiller à ce que ce choix ne soit pas à l’image du colonialiste.

 

Le rôle des anticolonialistes et des révolutionnaires aujourd’hui est de préparer cette indépendance à travers un programme de changement de société radical et de prévoir nos défenses face à l’impérialisme français. Notre rôle est d’inventer une Réunion nouvelle et d’en faire le laboratoire d’un monde nouveau tant sur l’organisation du travail et de l’industrie répondant aux besoins et selon les moyens de chaque réunionnais et de chaque réunionnaise. Notre rôle est d’inventer le réunionnais de demain, sur le plan économique, culturel, intellectuel et individuel. Notre tâche est d’élaborer notre propre modèle émancipé des échecs des décolonisations ratées (dictature, misère, capitalisme d’ Etat…).

Ce programme de réflexion et d’actions est celui de la Fondation Eva ( eva.fondation@yahoo.fr), c’est pourquoi nous l’avons rejoint avec d’autres membres du JERF.  La Fondation Eva est ouverte à quiconque désire mener un combat contre le système colonialiste et capitaliste sans la tutelle des partis d’élection.

 

Sandro du JERF.

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 21:23

 

Il y a moins d’un an, des membres du Jerf se sont rendus sur invitation du KOEI, membre de l’organisation Syriza, en Grèce.

 

Dans le cadre de la construction de la Fondation Eva (eva.fondation@yahoo.fr), le JERF a participé au 5ème Festival des Résistances en Grèce, à Athènes.

 

La Grèce a connu depuis un peu plus de deux ans, une crise de la dette suivie d’une politique d’austérité : salaires, santé et éducation… Cette politique désastreuse a été mise en place par le FMI, la Banque mondiale et l’Union européenne, appelés la Troïka.

 

Le peuple grec a été contraint de résister. Les révolutionnaires ont participé et construit cette riposte en amont : soutien aux barrages, réunions dans les villages, actions contre les banques...

 

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Voici quelques acquis de nos rencontres :

 

Nous avons participé aux discussions internes au festival regroupant toutes les organisations participantes sur l’état des mouvements révolutionnaires dans le monde. Ainsi la Réunion, son histoire, sa situation géographique et sa situation sociale a t-elle été présentée. Il a notamment été question des émeutes de 2011.

 

 

Lors de l’Assemblée International des Mouvements qui s’est déroulé à l’Université agricole d’Athènes, nous avons souligné que la dette n’était pas nouvelle pour les pays du Sud. En effet, la colonisation et l’impérialisme en étaient à l’origine en Afrique et Thomas Sankara fut un des premiers à dire que son peuple n’avait pas à payer. Nous avons également porté la nécessité d’une solidarité Sud/Sud : pays du Maghreb, actuelles colonies françaises, Inde et Amérique latine.

 

Outre la rencontre avec des révolutionnaires vénézuéliens, turcs, argentins, irlandais et égyptiens.  Des militans d’Occupy Wallstreet ont tenu à en savoir plus sur la politique française menée dans l’Océan Indien. Nous avons eu des discussions avec un membre du PCOT tunisien à propos de la Révolution tunisienne et  de l’actualité du colonialisme français. Nous avons échangé avec le camarade de la Voix démocratique du Maroc sur la décolonisation marocaine et l’impérialisme de la France. Il a proposé un échange autour de la théorie et de la pratique de l’organisation révolutionnaire et sur les perspectives de décolonisation pour la Réunion. Nous avons également échangé avec la JCR d’Argentine sur  le féminisme et le colonialisme.

 

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 16:46

 Discours daté du 15 août 1970 de Huey P. Newton sur les mouvements de libération des femmes et des gays.

 


"Ces derniers années se sont développés de forts mouvements de libération chez les femmes et les homosexuels. Il y a eu des doutes quant à la manière de se positionner par rapport à ces mouvements.
Quelles que soient vos opinions ou insécurités personnelles quant à l’homosexualité et les différents mouvements de libération des homosexuels et des femmes (et je parle des homosexuels et des femmes en tant que groupe opprimé), nous devrions essayer de nous unir à eux de manière révolutionnaire. Je dis "quelles que soient vos insécurités" car comme nous le savons trop bien, parfois notre premier réflexe est de vouloir frapper un homosexuel au visage, et de vouloir qu’une femme se taise. Nous voulons frapper l’homosexuel parce que nous avons peur d’en être un nous-même ; nous voulons frapper les femmes ou les faire taire car nous avons peur qu’elles nous castrent, ou qu’elles aient des couilles là où nous n’en avons pas.
Nous devons nous sentir en sécurité en nous-mêmes et donc avoir du respect et de l’empathie pour toutes les personnes opprimées. Nous ne devons pas avoir la même attitude raciste dont les racistes blancs font preuve envers notre peuple car nous sommes noirs et pauvres. Bien souvent le blanc le plus pauvre est aussi le plus raciste car il a peur de perdre quelque chose, ou de découvrir quelque chose qu’il n’a pas. Nous sommes donc une menace pour lui. Ce fonctionnement psychologique est à l’oeuvre lorsque nous voyons des gens opprimés et que nous sommes en colère après eux à cause de leur comportement ou de leur déviance par rapport aux normes établies.
N’oublions pas que nous n’avons pas établi de système de valeurs révolutionnaire ; nous sommes seulement en train de le mettre en place. Je n’ai pas souvenir que nous ayons défini des valeurs qui disent qu’un révolutionnaire doive tenir des propos insultants envers les homosexuels, ou qu’un révolutionnaire doive s’assurer que les femmes ne s’expriment pas à propos de leur oppression particulière. De fait, il s’agit de l’opposé : nous disons que nous reconnaissons le droit des femmes à être libres. Nous n’avons presque rien dit à propos des homosexuels, mais nous devons nous relier au mouvement homosexuel car il est bien réel. Je sais, de par mes lectures, mon expérience et mes observations que nul dans la société n’accorde de liberté ou d’autonomie aux homosexuels. Ils sont peut-être la population la plus opprimée de la société. Et qu’est ce qui a fait d’eux des homosexuels ?
C’est sans doute un phénomène que je ne comprends pas entièrement. Certains disent qu’il s’agit de la décadence du capitalisme. Je ne sais pas si c’est le cas ; je préfère en douter. Mais quelle que soit la raison, nous savons que l’homosexualité existe, et nous devons la comprendre dans sa forme la plus pure : c’est à dire qu’un personne devrait disposer de la liberté d’user de son corps de la manière qu’elle souhaite.
Il ne s’agit pas de promouvoir des aspects de l’homosexualité que nous ne considérerions pas comme révolutionnaire. Mais il n’y a rien qui indique qu’un homosexuel ne puisse pas être un révolutionnaire. Et peut-être que je fais passer certains de mes préjugés lorsque je dis que "même un homosexuel peut être révolutionnaire". Bien au contraire, un homosexuel est peut-être encore plus révolutionnaire. Lorsque nous organisons des conférences révolutionnaires, des rassemblements, des manifestations, il devrait y avoir une participation totale des mouvements de libérations des femmes et des homosexuels. Certains groupes sont peut-être plus radicaux que d’autres, mais nous ne devrions pas utiliser les actions des uns pour les désigner tous comme réactionnaires ou contre-révolutionnaires car ce n’est pas le cas. Nous devrions agir envers ces groupes comme nous agissons envers un autre groupe se définissant comme révolutionnaire. Nous devrions essayer de juger, d’une manière ou d’une autre, s’il fonctionnent de manière réellement révolutionnaire et d’une situation réellement oppressive (et nous reconnaissons que lorsqu’il s’agit de femmes elles sont très probablement opprimées). S’ils font des choses non révolutionnaires ou contre-révolutionnaires, critiquons cette action. Si nous sentons que le groupe désire être révolutionnaire dans ses actes mais se trompe dans son interprétation de la philosophie révolutionnaire, ou ne comprends pas la dialectique des forces sociales en opération, nous devons critiquer cela et ne pas les critiquer en tant que femmes essayant d’être libre. La même chose s’applique pour les homosexuels. Nous ne devrions jamais taxer un mouvement de malhonnêteté lorsqu’en fait il s’efforce d’être honnête. Ils font des erreurs honnêtes ; les amis ont le droit de commettre des erreurs. L’ennemi n’a pas le droit car son existence est une erreur dont nous souffrons. Mais le front de libération des femmes et le front de libération des homosexuels sont nos amis, nos alliés potentiels, et nous avons besoin d’autant d’alliés que possible.
Nous devrions discuter volontairement des insécurités que beaucoup de gens ont envers l’homosexualité. Quand je parle d’insécurités, je parle de la peur qu’ils soient une menace pour notre virilité. Je comprends cette peur. A cause du long procédé de conditionnement qui instille l’insécurité dans le mâle américain, l’homosexualité peut produire certains rejets en nous. J’ai moi-même des rejets vis-à-vis de l’homosexualité masculine. D’un autre côté, je n’en ai aucun envers l’homosexualité féminine. Cela est déjà un fait en lui-même. Je pense que c’est sans doute car l’homosexualité masculine est une menace pour moi, alors que l’homosexualité féminine ne l’est pas. Nous devrions être prudent lorsque nous employons des termes qui pourraient blesser nos amis. Les mots "pédale" et "salope" devraient être éliminés de notre vocabulaire, et nous devrions plus particulièrement ne pas utiliser de noms attribués aux homosexuels pour désigner les ennemis du peuple, comme Nixon ou Mitchell. Les homosexuels ne sont pas les ennemis du peuple.
Nous devrions essayer de former des coalitions avec les groupes de libération des femmes et des gays. Nous devons toujours nous comporter envers les forces sociales de la manière la plus appropriée."

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 17:14

" La pa kasé la sén la" Serge Sinamalé (Réunion)

 

 

En voulant pour commencer son quinquennat rendre hommage à Jules Ferry, un des plus grands défenseurs de la colonisation et de ses théories racistes, François Hollande va dans le même sens que son prédécesseur Sarkozy, et nous prouve une fois de plus qu’il ne faudra pas compter sur le PS pour changer la politique raciste de la France, ni pour prendre en compte nos problèmes dans ce pays. Il nous prouve une fois de plus que le seul intérêt que le PS aussi bien que la droite ont pour nous est nos voix pour leurs élections.

 

Pendant les 10 ans de pouvoir de Sarkozy, nous, immigrés, habitants des cités, africains, Rroms, musulmans, avons été insultés au quotidien par les discours racistes et fascistes de la droite, entre nettoyage de la racaille au karcher, création d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale digne du « temps des colonies »,  le discours raciste et colonialiste de  Dakar prononcé par Sarkozy à l’université Cheikh Anta Diop, qui porte le nom de l’un des plus grands historiens et anticolonialistes africains, invitant l’Afrique à entrer dans l’Histoire, sans oublier la proposition de la loi sur le rôle positif de la colonisation enseigné à… l’ÉCOLE.

 

François Hollande et le PS veulent rendre hommage « au père de l’école publique gratuite et obligatoire », et nous expliquent que le racisme et le colonialisme de Jules Ferry sont « hors sujet ». Le fait de nous insulter et d’insulter notre histoire et notre mémoire est hors sujet !

 

Hommage pourquoi ?

Voila pourquoi Jules ferry défendait la mise en place d’une école publique, gratuite, obligatoire, puis laïque : « Dans les écoles confessionnelles les jeunes reçoivent un enseignement dirigé tout entier contre les institutions modernes. On y exalte l’Ancien Régime et les anciennes structures sociales. Si cet état de choses se perpétue, il est à craindre que d’autres écoles se constituent, ouvertes aux fils d’ouvriers et de paysans, où l’on enseignera des principes diamétralement opposés, inspirés peut-être d’un idéal socialiste ou communiste ». Ce qui intéressait Jules Ferry n’était certainement pas l’accès à l’école pour tous, mais de protéger ses amis bourgeois et leurs 3e république dont le parlement a voté en 1885 l’expansion coloniale de la France dont Jules Ferry était l’un des plus fervents défenseurs, au mépris des peuples colonisés : « Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures... »

 

L’école républicaine, école colonialiste, raciste et discriminatoire

C’est cette même école de la 3e République, qui a commencé dans les colonies à enseigner aux colonisés le mépris de leur Histoire, le mépris de leur humanité, le mépris de leurs civilisations. C’est cette même école républicaine au service du colonialisme, qui continue de le faire dans les actuelles colonies, méprisant les langues maternelles des enfants colonisés et refusant de les enseigner, reniant leurs identités et leurs cultures, et occultant leur Histoire. C’est cette même école qui discrimine aujourd’hui les enfants des cités, les enfants d’immigrés, et qui mène une politique visant à les exclure socialement. Aujourd'hui en France 6000 enfants sont déscolarisés car on leur refuse une inscription, ce sont des enfants d'immigrés, principalement des Rroms. L'accès à l'école obligatoire pour tous ne semble pas les concerner.

 

Kolektif Dégage

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 01:09

Aimé Césaire,


Il me serait facile d’articuler tant à votre égard qu’à l’égard du Parti Progressiste Martiniquais tel que vous le portez à bout de bras, une longue liste de griefs et de désaccords.[1]

Nous ne vous ferons pas l’injure de vous imputer entièrement l’adoption de la Loi du 19 Mars 1946 par l’assemblée coloniale française. De cette loi vous ne fûtes que le Rapporteur. Vous ou un autre peu importe, la bourgeoisie et les communistes français auraient toujours trouvé un esclave domestique de service pour ce faire.

Vous ne fûtes là qu’un jouet du destin. Jouet parvenu à la suite d’une longue tradition remontant à Victor Schoelcher, ce capitaliste intelligent qui voulait ardemment l’assimilation.[PAGE 31] A sa suite, ce fut l’idéal adopté par les Mulâtres après qu’ils furent écartés de la production locale par les Békés usiniers (1880-1900).

Les Mulâtres, pour amener la population à désirer cette assimilation, ont tout fait pour blanchir les cerveaux nègres dans ce dressoir appelé Ecole publique.

Le hasard donc et votre talent firent le reste en ce mois de Mars 1946. Votre talent certes car face à la prétention du PCF et des Gaullistes à phagocyter notre pays, il y avait matière à opposition.

Opposition de quelques intellectuels courageux groupés autour du Manifeste de Légitime Défense qui dénonçait l’hypocrisie de l’assimilation depuis des décennies.

Opposition proche de vous de votre collègue Valentino qui affirmait que rien, ni l’histoire, ni la géographie ne pouvait justifier cette départementalisation contre nature.

On pourrait admettre que ces étudiants de Légitime Défense et que M. Valentino le Guadeloupéen ne faisaient pas le poids face à la volonté coloniale française.

Pourquoi alors, M. Césaire, n’avez-vous pas tenu compte des MORTS ?

Ces morts, ces torturés, ces suppliciés qui témoignaient incontestablement du cannibalisme français, gaullistes et communistes mêlés,

Ces MORTS de BASSIGNAC en 1945,

Ces MORTS de SETIF en 1945,

Ces MORTS de MADAGASCAR peu après en 1947.

Dans ce moment leur visage apparaît en filigrane dans la pâte même du système comme l’obsession de l’échec de la France incapable de générosité et de notre humiliation dans l’assimilation.

Vous avez poussé l’indifférence jusqu’à être spectateur impassible de tout ce qui fait la grande saga du monde moderne.

De 1945 à nos jours, ce qui caractérise le monde c’est d’abord le prodigieux mouvement pour la dignité et la souveraineté nationale.

Mouvement accompagné de sacrifices colossaux.

On dirait que tous les peuples, sauf celui qui a l’honneur de vous avoir comme premier leader, ont épousé la simple thèse de Hô Chi Minh à savoir : « Le bien le plus précieux c’est l’indépendance. » Pour cela les peuples [PAGE 32] se sont lancés, impavides, dans une gigantesque épopée.

A commencer par le peuple indochinois qui a subi la barbarie française puis US.

Héroïque peuple algérien qui n’a pas lésiné sur son sang, sa jeunesse, ses paysans !

Héroïques peuples de Guinée, Guinée Bissau, Angola, Mozambique, Zimbabwe, Kamerun, Namibie, Azanie... ! Plus près de nous c’était Fidel Castro, son frère, leurs fiancées, une douzaine de companeros armés de la soif de dignité contre l’occupation étrangère.

Même ceux que l’on taxe volontiers de réactionnaires ont apporté leur contribution à la conquête de la dignité : Bourguiba, le Roi Mohamed V ont été au bagne pour leurs actions émancipatrices.

Vous vous êtes satisfait de la douillette vie de parlementaire français tout juste satisfait de prononcer quelques discours d’autant plus brillants qu’ils n’empêchaient en rien l’entreprise de décervelage de la population martiniquaise.

Ces dernières décennies ont établi une loi de la décolonisation irréfutable : dans toutes les colonies les leaders, petits-bourgeois ou grands, ont eu à choisir entre le ventre et l’âme. Ils ont choisi l’âme, la liberté politique collective sans laquelle la liberté individuelle n’est qu’illusion.

La Martinique est le cas particulier qui vérifie cette loi.

Ne faut-il pas voir ici une corrélation nette entre votre leadership incontestable et notre alimentarisme « honteux » ? Vous êtes rebelle.. à cette loi de la décolonisation.

Vous êtes le seul leader du « Tiers Monde » à demeurer un indécrottable valet de l’Etat français quel qu’il soit.

Il a fallu le cynisme, l’arrogance de Giscard d’Estaing et de ses sous-fifres Stirn et Dijoud, pour vous arracher quelque cri anticolonialiste.

Ce furent vos déclarations à Paris Match et au Journal Guadeloupéen. Petit cri qui fit naître bien des illusions au sein des Martiniquais en lutte pour l’Indépendance nationale.

Etait-il donc possible que vous vous écartiez enfin [PAGE 33] de votre négritude métaphysique pour vous occuper de la nation martiniquaise ?

Vous alliez même jusqu’à constater l’échec de la départementalisation.

Votre échec ? Non, et prudemment, vous tirez votre épingle du jeu colonial.

Ce seraient les Français, attention, pas tous, la Droite ! la seule responsable ! Certes le devoir du colonialiste est de coloniser, mais le peut-il sans la neutralité ou/et le zèle des élites du pays colonisé ? La France pourrait-elle maintenir son emprise, appliquer sa politique rétrograde s’il n’y avait la complicité des élus de tout acabit ?

l’histoire de la décolonisation est précisément l’histoire des élites ayant refusé de jouer le jeu du colonisateur.

Vous n’en fûtes pas, de ces élites dignes.

Ici comment taire notre déception ?

Vous n’avez aucune CONSCIENCE NATIONALE.

Vous êtes et n’avez été qu’un universaliste noir désincarné.

Un adepte de la négritude qui, en son temps des années 30-40, était idées révolutionnaires mais qui, maintenant, à l’époque nationalitaire, se trouvent totalement dépassées. En somme un fossile maintenu en vie par les progrès de la médecine occidentale impérativement appliquée aux colonies.

A la lecture de vos dernières déclarations dans Paris Match et le Journal Guadeloupéen, et à la suite de la chute de Giscard d’Estaing, on attendait de vous et du PPM « une autocritique probe » et« pas un reniement ».

Toutes vos déclarations depuis le 10 Mai 1981 ne révèlent « Qu’entêtement dans l’erreur, persévérance dans le mensonge ; absurde prétention de ne s’être jamais trompé ; bref chez des pontifes plus que jamais pontifiants une incapacité sénile à se déprendre de soi-même pour se hausser au niveau de l’événement et toutes les ruses puériles d’un orgueil sacerdotal aux abois. »

Depuis le 10 mai 1981, une avalanche de mensonges s’est abattue sur la Martinique.

Mensonge pour justifier un reniement, le reniement de la nécessité de la lutte de libération.

Camille Darsières, le 23 mai, donne le ton.

Ayant cru superflu de constamment [PAGE 34] rappeler le combat des couches laborieuses, le P.P.M. a commis l’erreur de croire possible de passer à un stade supérieur : la lutte de Libération Nationale.

Alors, le langage est devenu par trop abstrait.

A peine de se couper des masses, il faut donc, REVENIR AUX PROBLEMES QUOTIDIENS qui se posent aux pères et aux mères de famille, autant pour les aider dans leurs luttes de tous les jours que pour faire que ce qu’ils acquièrent par leur propre effort, ne soit accaparé encore par le Pouvoir.

Le P.P.M. avait-il jamais pris en charge la lutte de libération ? Un observateur étranger pourrait croire et imaginer un Darsières revenant du maquis et posant les armes comme naguère les maquisards du Venezuela. Il aurait peine à croire que Darsières et le P.P.M. ne parlaient qu’épisodiquement de libération nationale.

Le P.P.M. n’a jamais décollé des « problèmes quotidiens » Comme tous les maires et autres élus. Particulièrement le P.P.M. à Fort-dxFrance ne s’occupe que de circulation, silo à voiture, Mairie à reconstruire, caniveaux à couvrir, employés à ne pas trop licencier, cathédrale à réparer, bref l’autogestion du budget colonial. Le plus plat alimentarisme ! C’est précisément parce que, comme les autres élus, vous n’avez rien été d’autre que pourvoyeur en alimentarisme qu’il n’y a jamais eu lutte de libération nationale sérieuse.

« Bref, dit Darsières, il faut reprendre et intensifier le combat pour la restauration des libertés publiques. » Quelle liberté publique n’existe pas en Martinique ?

La liberté d’un quelconque dirigeant de droite ou de gauche a-t-elle été sérieusement entravée ? Non. Ils ont pris si peu de risques politiques.

Sera-ce une liberté de plus que de voir plus souvent à la télé, sur France-Antilles, nos assimilés de gauche à côté de ceux de la droite traditionnelle ? Discours identiques à quelque nuance près.

Relayant le cocorico des Giscardiens, le P.P.M. a outrageusement développé le mythe du raz-de-marée électoral en faveur de Giscard. Vous déclarez avoir eu « honte » pour les Martiniquais. Nous prenez-vous pour des gens sans mémoire ?

Quelle élection présidentielle ne s’est effectuée [PAGE 35] sans une écrasante majorité des VOTANTS pour le Président en place.[2]

Avez-vous eu honte lors du raz-de-marée en faveur de De Gaulle, Pompidou, puis Chaban, puis Giscard...

Il y a lieu d’avoir honte lorsqu’un seul Martiniquais vote, quelle que soit l’élection en cours, car toute élection est voulue par le colonialisme et au profit du colonialisme.

La preuve est que nos élus, tous, sont de par leur fonction et pouvoir sous tutelle, des agents de l’alimentarisme colonial, des agents de l’Etat français.

Lorsqu’on vote à 90 % pour Césaire, Gratiant ou Marie Jeanne... on ne fait que légitimer l’Etat français.

Alors comme cela, lorsqu’un alimentaire[3] vote pour Césaire, Monsieur est content. Mais si ce même alimentaire vote à droite, il a honte !

Chez les VOTANTS il y a deux camps : il ne faut plus dire assimilationnistes de droite et assimilationnistes de gauche mais bien « alimentaires de gauche » et « alimentaires de droite ».

Allant plus au fond, voyons pourquoi vous avez eu honte. Votre électorat, que vous croyiez sain, a eu rigoureusement le même comportement que celui de Maurice ou Renard que vous croyiez manipulé et malsain. En effet ces deux réactionnaires avaient appelé à voter Chirac, ce fut Giscard qui sortit.

Vous aviez appelé à voter Mitterrand et c’est encore Giscard qui sortit de la boîte.

Vous avez été alors paniqué.

Le danger passé, votre « honte » a vertueusement explosé.

Le colonialisme, par l’intermédiaire des masses livrées à son pouvoir, manipule les élites. S’il faut avoir honte de quelqu’un, ce n’est pas des masses mais bien des élites. [PAGE 36]

Incroyables élites qui, par une pirouette, gardent leur bonne conscience en montrant du doigt « le peuple » : « Que peut-on faire avec un tel peuple d’alimentaires ! » Exactement comment l’enseignant francisé du SNI baisse les bras devant ces élèves réfractaires à son école.

S’enfonçant un peu plus, votre P.P.M. nous propose de rouvrir la parenthèse de 1946. Et que, si les promesses faites en ce temps n’avaient pas été tenues, c’est parce que la Quatrième République n’a pas eu le temps... Comme si cette 4e République s’était du jour au lendemain effondrée

Eh bien non, M. Césaire, elle a duré jusqu’en 1958, soit 12 ans après la promulgation de votre Loi. Le temps n’a pas manqué, à cette 4e République qui avait, tiens ! un de ses beaux fleurons appelé Mitterrand...

Vous avancez un tel argument, manifestement faux, pour justifier que vous en êtes revenu à 1946. Comme si de rien n’était, vous affichez votre totale confiance en la générosité du colonialisme français. Vous poursuivez le rêve des mulâtres du siècle passé. Vous êtes pour l’assimilation et non pour la libération.

Au mieux vous seriez pour une « libération » à la Senghor : passer directement d’un strapontin de député français à un fauteuil de président fantoche français. Sans risque !

En attendant, le Cargo Cult de gauche se pointe à l’horizon. Comme en 46 on se replonge avec délices dans l’abandon de soi entre les bras de la République française.

Et le « peuple » qui suit fait de nouveau foule aux meetings du P.P.M. Depuis plus d’une dizaine d’années, il n’y avait foule que lorsque venait nous voir un Grand Blanc genre Chirac, Giscard, Mitterrand. Brusquement 10 à 15 000 personnes se pressaient autour de votre majesté pour entendre le nouveau contrat-moratoire qui préservait la Martinique de l’indépendance honnie.

Vous aviez eu le langage qu’il fallait : Point d’indépendance.

Allocations en hausse.

Retraite des vieux en hausse.

...

Personne ne s’y est trompé. Vous êtes devenu « l’interlocuteur privilégié » du gouvernement parce que l’Etat sait que vous êtes seul capable de garantir l’ordre colonial [PAGE 37] et incapable de prôner la rupture avec le colonialisme.

Dès lors un épouvantable vent d’opportunisme souffle sur le pays. Des gens qu’on croyait indépendantistes la veille révèlent leur vrai visage. Non seulement ilsavaient couru voter Mitterrand au second tour, mais les voilà qui candidat député dans le Sud, qui sur une liste de soutien à Césaire au Lamentin...

Dès lors on se presse par grappes en votre bureau pour que vous glissiez dans l’oreille de Mitterrand par le sous-fifre Emmanuelli interposé quelques bonnes paroles pour réaménager telle entreprise, reconsidérer tel cas, pour pousser tel dossier...

Nous croyons que tout cela n’est que politique à courte vue, comme en 1946. Vous restez totalement dépendant des fluctuations de l’électorat français qui, lui, a le droit de renvoyer Mitterrand et son équipe en 7 ou 14 ans dans l’opposition.

Dépendre quant à notre sort d’un Président français, d’une fluctuation de l’électorat français, c’est très exactement ce dont nous ne voulons pas. Ce dont nous ne voulons plus.

Dans un discours à l’Assemblée nationale française, vous aviez traité un ex-ministre des Colonies, STIRN, de « phallocrate » parce qu’il parlait à tout bout de champ de « solidarité nationale », du niveau des allocations, des bienfaits octroyés par la France au bon peuple martiniquais.

M. Emmanuelli a strictement le même langage.

Avec ses 36 ans, il est le patron direct de nos élus, dont vous, M. Césaire. Gageons que vous ne permettriez pas qu’un homme de votre pays, de votre race et du même âge, vous commandât.

M. Emmanuelli avance libéral parce que victorieux.

Vous suivez... danseur hésitant d’ambiguïté.

Nous avons honte parce que nous vous admirons toujours par ailleurs.

M. Emmanuelli est déjà du M. 25 %, du M. 10 %, M. Tant pour Cent ès alimentaire en hausse.

Ce sous-ministre des colonies a dû demander à ses prédécesseurs l’itinéraire qu’il fallait prendre pour subjuguer les Martiniquais : visite aux élus, au monument aux morts pour la France, Mairie de Fort-de-France et [PAGE 38] conférence à la résidence du Préfet. Tiens ! La résidence de ce Préfet, ultra-réactionnaire il y a à peine un mois...

Un grand poète noir nous avait naguère invités à n’être plus « le jouet sombre au carnaval des autres ».

C’est très exactement ce que nous voulons.

Or, M. Césaire, vous nous demandez d’être ce jouet sombre au bal masqué de Mitterrand.

Surtout vous avez eu ce mot incroyable :

« Pour la première fois (depuis 23 ans) le SOCIALISME arrive au pouvoir. »

Dire cela ne relève pas de l’erreur mais strictement du mensonge. Vous savez bien que le P.S. de Mitterrand ne peut absolument pas changer la structure capitaliste en France, pour la simple raison que cela ne dépend pas de lui mais plutôt du patron du monde dit libre (d’exploiter le reste du monde) les U.S.A., qui sont loin du socialisme.

Alors ?

Alors il nous faudra la patience de reprendre l’ouvrage, la force de refaire ce qui a été défait, la force d’inventer au lieu de suivre, la force « d’inventer » notre route et de la débarrasser des formes toutes faites, des formes pétrifiées qui l’obstruent.

Il nous faut bâtir un mouvement indépendantiste débarrassé de son infantilisme, du messiannisme de clocher, du dogmatisme pseudo-marxiste, du populisme alimentarisme, de l’ouvriérisme estudiantin.

Il faut que les indépendantistes épars se retrouvent et scellent l’alliance.

Une alliance-volonté de se subordonner à la partie, une humilité anti-avantgardiste.

Une alliance-ligue des égaux et non pas de surhommes avant l’action.

Une alliance autour d’un PROGRAMME d’indépendance. Le programme populaire qui ne peut être un faux compromis entre l’ouvriérisme et le capitalisme.

Le programme populaire invitant toutes les couches et classes, hormis les compradores, à s’unir pour la seule chose qui vaille, ce bien le plus précieux, l’INDEPENDANCE NATIONALE.

Saint-Joseph, le 2 juin 1981.

G. CABORT-MASSON


[1] Les mots-phrases en italiques sont extraits de la « Lettre à Maurice Thorez » écrite par Aimé Césaire en 1956.

[2] Les votants, cette pellicule politiquement aliénée, ne sont-ils pas le terroir des Politiciens d’où Césaire et ses collègues tirent leur légitimité ? Quand on a « honte » des votants, on devrait cesser d’en appeler à leur arbitrage.

[3] Mis à part les quelques ouvriers et employés exploités... qui n’est pas alimentaire ? Alimentaire = vivant non pas de la production-création indigène, mais des transferts monétaires de l’Etat Français.

 

Source : http://mongobeti.arts.uwa.edu.au/is...

Source : Montray Kreyol

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 11:44

Législatives à Saint-Denis, la photo de trop !

Nous avons été surprises et nous nous sommes émues de constater que l’image de notre père, Jean-Baptiste Ponama, est associée à la communication de Pierre Vergès, candidat aux législatives 2012 dans la première circonscription. Dès ce lundi 5 mars, nous avons interpellé celui-ci pour lui demander de retirer cette photo en lui adressant un commentaire sur son blog. Or, il n’est toujours pas publié. Force est donc de constater qu’il a été censuré, ce qui nous conduit à faire part à l’opinion publique de notre position. En effet, 34 ans après son exclusion du Parti communiste réunionnais, Jean-Baptiste Ponama, disparu depuis bientôt 20 ans, recouvre aujourd’hui et très soudainement un statut de militant exemplaire aux yeux d’un parti en pleine crise et à l’occasion d’une campagne électorale au climat délétère. Cette décision a d’autant plus de résonance que Jean-Baptiste Ponama a été banni, honni, calomnié dans les colonnes de Témoignages (février 1978) et a été gommé de l’histoire du PCR alors qu’il en avait été l’un de ses acteurs les plus engagés, l’un de ses esprits les plus brillants et l’un de ses bâtisseurs les plus opiniâtres, au point d’être victime avec une poignée d’autres compagnons de lutte de l’ordonnance scélérate de Michel Debré. Quel fut son crime ? Alors que la richesse de ses analyses politiques ainsi que la qualité de son engagement lui valent d’être considéré comme le numéro 2 et le « ministre des affaires étrangères » du PCR, Jean-Baptiste Ponama entre en dissidence en octobre 1977, à la suite d’un conflit personnel et sur une profonde divergence idéologique. S’estimant trahi dans ses valeurs fondamentales d’intégrité, de droiture et considérant son idéal politique bafoué, il porte cette rupture devant les Réunionnais. Il demande, alors au secrétaire général, un débat transparent sur le parti et son fonctionnement. A ses sollicitations pressantes et médiatiques, un silence absolu lui est opposé. Dans l’histoire du PCR c’est la première fois qu’un cadre aussi haut placé ose défier sa direction sur l’éthique même de sa ligne. Outre « les dérives » et « la complicité du PCR avec les chefs d’entreprise », Jean-Baptiste Ponama dénonce « la disparition du mot autonomie » dans le discours politique du PCR, « contre un retour vers l’assimilation et la départementalisation ». Il prédit, alors, l’implosion du Parti, voire sa disparition ou tout du moins son remplacement par une autre structure. Après plus de quinze années de services et de dévouement inconditionnel au Parti et à la population, Jean-Baptiste Ponama est donc exclu du comité central le 19 mars 1978 et de la cellule Raymond Mondon le 24 mars 1978. En réponse à ces condamnations et à défaut de débat il affronte le secrétaire général du PCR aux législatives de 1978 dans la seconde circonscription. L’Histoire se répéterait-elle ? En tout cas, par sa voix dissidente, Jean-Baptiste Ponama se retrouve isolé, vilipendé, mis au ban et éliminé par ce qui fut sa famille politique. Il en gardera une blessure vivace jusqu’à la fin de sa vie. C’est pourquoi, nous regrettons de n’avoir été ni associées à cette démarche, ni consultées sur la publication de la photo de notre père, non pas au titre de son droit à l’image qui est éteint du fait de son décès, mais bien par égard aux liens filiaux mémoriels que nous entretenons au-delà de sa mort.
SANS SCRUPULE, ON EXHUME LES CADAVRES

Or, sans scrupule aucun, on exhume des cadavres. Quel soutien que celui d’un défunt qu’on a froidement cloué au pilori ! Est-ce ainsi que doivent être honorés celles et ceux qui ont tant contribué à l’avènement des forces de progrès à La Réunion, parfois au prix de leur vie ? N’aurait-il pas été plus juste et plus respectueux envers la mémoire de ces personnes disparues et de leurs familles de réfléchir ensemble à la meilleure façon de leur rendre un hommage à la hauteur de leur dévouement pour leur pays ? Pour la mémoire de Jean-Baptiste Ponama, ce ne serait que justice au regard du travail acharné et combien remarquable accompli par lui, salué semble-t-il dans l’historique très partiel de la section de Saint-Denis qui figure sur le blog de Pierre Vergès. À ce titre, il est à craindre qu’une utilisation aussi restreinte de l’engagement de Jean-Baptiste Ponama soit préjudiciable à l’Histoire et fasse apparaître une volonté insidieuse de réviser celle-ci. Cette photo est choquante tant son choix s’inscrit dans une stratégie marketing obscène. Le fait de ne montrer que très partiellement le visage de Jean-Baptiste Ponama dénie le devoir de mémoire pourtant affiché tel un idéal et ne sert en définitive qu’à mutiler l’honneur d’un souvenir tristement exhibé. Aussi, nous demandons expressément à celles et ceux qui ont pris cette initiative, en leur conscience, d’éviter soigneusement la mise en scène de l’idéal et de la vaillance de Jean-Baptiste Ponama et de n’utiliser à des occasions électoralistes ni sa photo ni son nom. Il est indispensable pour cela de partager avec nous le même idéal de justice, de solidarité et de respect vis-à-vis des camarades, tel Jean-Baptiste Ponama, qui ont construit La Réunion notamment sous les auspices du PCR. « Un combat révolutionnaire se mène avec des camarades qui respectent d’abord leurs frères d’armes… » nous disait-il. Puisse-t-il être entendu !

Élisabeth, Françoise et Jacqueline Ponama
Source : archives privées Jean-Baptiste Ponama

 

 

Source : Courrier des lecteurs du 9 mars 2012, clicanoo
http://www.clicanoo.re/316124-legislatives-a-saint-denis-la.html#forum477416

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 21:51

 


 

Déclaration du JERF et du comité de mobilisation, 25 février 2012

 

Nous, Jeunes Emigrés Réunionnais en France, sommes une organisation indépendante de tous partis politiques. Nous luttons auprès des réunionnais en France face à la politique du CNARM, mais aussi contre le racisme et l’exploitation.

Les évènements actuels à la Réunion témoignent de la remise en cause des politiques coloniales et de la structure économique de l’île

 

 

                                    Situation sociale à la Réunion : 

 

 

Emigration : Près de 104 000 réunionnais vivent dans l’hexagone, soit 14% des natifs de la Réunion.

Population : 800 000 habitants qui compte 52% de jeunes.

Chômage : la moitié des jeunes du pays n’ont pas d’emploi

 

Seuil de pauvreté : 52 % de la population réunionnaise vit en dessous du seuil de pauvreté.

 

Santé et malaise des Réunionnais : La mortalité est plus importante qu’en France dans toutes les tranches d’âge, le sentiment de malaise est profond.

 

 

                                                               Racisme et humiliation :

 

Certains lieux de notre île sont des zones de non-droits pour les réunionnais et les réunionnaises, s’ils ont le malheur d’être jeunes et « foncés », et s’ils sont identifiés comme chômeurs, ils n’ont pas accès à certains endroits. Il y a de véritables ghettos de privilégiés qui sont les expatriés français (zorey) alors que les plus pauvres, et les familles de descendants d’esclaves sont des citoyens de seconde zone. Il y a de la place et du travail pour les zorey alors qu’il n’y en pas pour les réunionnais qui, eux, doivent partir.

 

Après cette présentation nous disons : Non ! Non à la récupération des révoltes à la Réunion !

 

C’est ainsi que pendant les grèves de vie chère du premier trimestre 2009, à la Réunion, l’élite du PCR et du COSPAR (collectif d’organisations monté contre la vie chère), n’a pas mené à termes ce grand mouvement populaire qui aurait pu accompagner celui des Guadeloupéens. La tête du PCR et du COSPAR ont délibérément brisé ce mouvement. Le 5 mars 2009, des milliers de Réunionnais et de Réunionnaises se sont retrouvés dans les revendications des Guadeloupéens.

 

Lorsque ces personnes se sont retrouvées ensemble, la tête du PCR (Parti Communiste Réunionnais et ses coquilles telles que l’Alliance des jeunes, l’Alliance contre le chômage…) et du COSPAR la di azot : « fane astèr » c’est-à-dire « dispersez-vous », « sirtou rès pa ansanm », « fé pa dézord dan somin » comme s’il ne s’agissait pas de leur pays, de leur vie, de leur ras-le-bol, de leur rage…

Ratenon de « l’Alliance contre le chômage », en plein mouvement le 5 mars 2009  a déclaré à propose de la grève générale: « « Il ne faut surtout pas le faire » au moment où la grève se durcissait aux Antilles  … « Le préfet est d’accord pour négocier ».

Entre 2009 et 2012 leurs négociations n’ont servi à rien, sous prétexte de maintenir la cohésion sociale il a participé à l’explosion sociale ! Aujourd’hui c’est toujours la même rengaine, il court pour négocier avec le préfet alors que les réunionnais dans la rue scandent « Préfet Démission ».

 

10 ans après les révoltes de 1991, après mandats politiques sur mandats politiques, le PCR et les autres partis PS et droites diverses ont conduit la Réunion à un climat d’explosion sociale.

 

La Réunion n’est pas un sentiment, une sensation forte (île intense), c’est un pays où le chômage est plus fort qu’en Afrique, un territoire dont la forte croissance ne s’accompagne pas du développement, autrement dit d’un mieux-être social, économique et environnemental. Le paradoxe réunionnais est que le pays est classé selon les indicateurs économiques parmi les pays les plus riches (46è rang mondial).

 

 

Aujourd’hui, des jeunes de l’île se révoltent. Leur colère est légitime car pendant le mouvement contre la vie chère, la parole a été monopolisée par les politiciens professionnels. La grande partie de cette jeunesse délaissée sur le bord du chemin identifie le problème : la vie chère, le chômage, l’absence de perspectives d’avenir, la monopolisation et la récupération de la parole des réunionnais.

 

Ces révoltes sont la remise en cause du système politique tout entier, un système mafieux qui permet aux politiciens de la droite comme de la gauche de se remplir les poches et de remplir les poches des groblan. Exemple : CBO Territoria qui s’occupe de la gestion foncière du groupe Bourbon de Chateauvieux possède à la Réunion un patrimoine foncier de 3200 hectares, le Groupe Bernard Hayot, béké martiniquais a été introduit également à la Réunion par son confrère réunionnais.

 

 

Les aides sociales de la France sont dépensées dans ces temples de la consommation que sont Leclerc, Score… Or, les bénéfices ne sont pas réinvestis à la Réunion mais profitent aux capitalistes. C’est autour de ces enseignes précisément qu’aujourd’hui, les réunionnais et les réunionnaises se retrouvent pour protester. Temples de la consommation visés par des jets de galets, protégés par des gardes mobiles autorisés à tuer.

 

Comment se fait-il que les politiciens qui volent de l’argent ne sont jamais punis par la loi ? Les révoltés, eux sont réprimés, pour 300 manifestants il y a 460 policiers et gendarmes sur place selon Guéant qui a envoyé deux escadrons en plus. Actuellement nous sommes à un peu moins de 200 interpellations.

 

Ce ne sont pas les quelques miettes jetées par les Dindar, Didier Robert, Vergès et autres élus qui, par des mesures « provisoires » dans un but de se faire élire aux élections, vont pouvoir régler les plaies béantes d’une structure politique et économique inadaptée à la Réunion. Structure politique corrompue, maintenue par les élites de la Réunion avançant main dans la main avec le pouvoir d’Etat Français.

C’est au peuple de décider de son destin politique, la répression et les miettes ne sont pas des réponses à une colère juste et légitime.

C’est un changement radical qui est attendu à la Réunion et en Métropole par les réunionnais émigrés, partis à 10000 km de leur pays pour trouver du travail.

 

 

 

Pas de justice de paix !

Non à la répression ! Non à la récupération !

La révolte n’est pas un crime ! La révolte est légitime !

 

 

Contact du Comité de mobilisation pour la Réunion libre :

06 26 39 86 95

 

Contact du JERF :

06 18 00 77 18

soutienreunion@yahoo.fr

www.jerf.fr

 

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 21:01

Communiqué de presse du JERF (Jeunes émigrés réunionnais en France)

 

 

Jours et nuits des femmes sont mobilisées devant le Conseil général de la Réunion : ce sont les ex-salariés de l'Arast ! Bientôt trois ans que ces femmes se battent pour leurs indemnités de licenciement, pour le droit au travail, pour la dignité.

 

Kafrine, fanm kréol lé pa zis la po kriyé po zéleksion ! Le travail étant une denrée rare à la Réunion, le luxe des politiciens péi est de faire de la population des réserves de vote, des employés jetables. L'esclavage n'est plus ? Mais la misère c'est aussi d'être dépendant, victimes des choix que font les administrateurs.

 

En tant qu' organisation libre et indépendante de tous partis politiques, le JERF, Jeunes Emigrés Réunionnais en France soutenons cette lutte. Nous sommes sensibles aux préjudices sociales, et économiques, psychologiques aussi, que connaissent ces personnes qui ont perdu leur emploi.

 

Par ailleurs, le Conseil général organise via le Cnarm, l'émigration de travail des réunionnais comme main - d'oeuvre dans l'hexagone. Comment justifier une politique, qui d'un côté supprime des emplois, et d'un autre, encourage jeunes et moins jeunes à prospecter à 10 000 km ?

 

 

 

 

 

 

 

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